Les insignes régimentaires

L’insigne de coiffure, de col et d’épaules

Alors que le Régiment se recrutait à l’arsenal des Carabiniers Mont-Royal (aujourd’hui Les Fusiliers Mont-Royal) en 1914, les officiers discutèrent de la nécessité de se procurer un insigne.   Le Major A.V. Roy, commandant de la compagnie B d’alors et ingénieur de profession, fut chargé du dessin par le commandant, le Colonel F.M. Gaudet. Le Major Roy présenta le dessin qui contenait le castor, avec l’inscription Canadien-français et la devise Je me souviens. Ce dessin fut accepté et l’insigne fut mis en fabrication.

Le Major Roy fut tué au début d’octobre 1915, seize jours après sa première entrée dans les tranchées, victime de son dévouement.

Après la bataille de Flers Courcelette en septembre 1916 ou au début de 1917, le commandant et les officiers du 22e Bataillon se demandèrent pourquoi l’insigne de coiffure ne porterait pas le chiffre « 22 ». C’est alors qu’on chercha pour voir si on ne trouverait pas un officier possédant des qualifications analogues à celles du regretté Major Roy. On se rappela qu’alors le Major Gustave Routier, CM, avait été architecte dans la vie civile. Consulté à ce sujet, il suggéra de tout simplement apposer un « 22 » au-dessus de la banderole « Je me souviens » au centre bas de la bande entourant les armoiries de la province de Québec.

Cette suggestion fut acceptée et nous avons assisté à la première transformation de l’insigne régimentaire.

Lorsque le Royal 22e Régiment devint un régiment permanent de la Milice canadienne, les autorités régimentaires avaient demandé au Major Routier, qui avait accepté de se joindre à l’unité permanente au grade de capitaine, s’il ne pourrait pas faire quelques suggestions qui aideaient notre insigne à faire belle figure à côté de celui des autres unités de la Force permanente, telles que le Royal Canadian Regiment et le Princess Patricia Canadian Light Infantry, les seules unités permanentes d’infanterie et pour lesquelles leurs insignes étaient or et argent.

Il s’agissait d’avoir un insigne composé de deux métaux et, en plus, des insignes de col autres que le C22 et en même temps des insignes d’épaules.

L’insigne de la casquette conservait le même modèle que celui de 1916 mais était un peu agrandi et se composait de deux métaux, à savoir or et argent. Cette suggestion fut acceptée et ce fut l’insigne qui est encore en usage aujourd’hui au Régiment.

Par ailleurs, un remplacement fut suggéré pour le C22. Il s’agissait d’une fleur de Lys en argent à la base de laquelle apparaissait une banderole portant l’inscription Régiment canadien-français et enfin le chiffre 22 en or au bas de la fleur de Lys. Cette suggestion souleva des controverses. Finalement, il fut décidé que l’insigne serait en argent en omettant le chiffre 22.

Il restait à décider de l’insigne des épaulettes, on suggéra R22eR, le 22 surmonté de la couronne royale, le Régiment ayant obtenu la permission de porter le titre Royal. Cet insigne fut accepté pour les officiers.

Lorsque les autorités d’Ottawa firent fabriquer les insignes, elles jugèrent à propos de retrancher la couronne pour les non-officiers et décidèrent que le R22eR était suffisant. C’est pourquoi aujourd’hui l’insigne d’épaules des officiers diffère de celui des sous-officiers et soldats.

Afin de bien mesurer la grande valeur de l’insigne de coiffure du Régiment, voici une anecdote qui nous a été transmise par un officier issu du 22e Bataillon et qui témoigne de l’importance de l’insigne. Cette anecdote peut-être lue dans la revue l’Amicale de mars 1962 à la page 11.

«...Après la Somme (Flers-Courcelette et la tranchée Régina) septembre 1916, en raison des nombreux renforts pour remplacer les morts et les blessés, le quartier-maître était venu à court de Castor (insigne de coiffure). En ce temps là, il était bronzé et il ne portait pas de chiffres.»

À leur désappointement, les nouveaux arrivés devaient porter la feuille d’érable sur le képi.

Arrivent des Régiments de Réserve en Angleterre, des renforts provenant des 69e et 10 Réserve; ils avaient vu arriver les blessés reformés portant fièrement le Castor et le C22, cela les avaient impressionnés. Voilà au moins des gars qui n’ont pas seulement fait de la -drill- avec des sergents instructeurs qui les engueulaient, disaient-ils.

Cela ne prit pas grand temps, lorsque le manque de Castors se fit sentir, un marché noir de Castors apparut. L’expression -marché noir- n’était pas encore inventée, on appelait cela le système D.

À ma connaissance, au printemps de 1917, il s’est vendu des Castors pour 5 livres (presque 25 $ à cette époque) la pièce.  Les rumeurs voulaient qu’un soldat mort ou mal blessé était dévalisé pas pour d’autres choses que son Castor.

Inutile de dire que, dans ce temps là, les -private- allaient aux tranchées et souvent à l’attaque -full marching order-. C’est vrai que le chapeau de fer était de rigueur, mais le képi avec le castor était placé sur le -pack sack-. Ce n’est que vers l’automne de 1917 que le Régiment reçut assez de renfort de castors pour arrêter le marché noir.

Mais chose choquante pour la troupe, pas de C22. Il y eu un temps que presque tous les Régiments de la 1er et 2e Division avaient des insignes pour la tunique de ce genre. Pourquoi cela a été arrêté ? Je ne le sais pas. Les loustics du temps disaient que les numéros de régiment de la 3e et 4e Division étaient si gros qu’il n’y avait pas de place pour faire des écussons de ce genre. Toujours est-il que les C22 sont  bien rares aujourd’hui. Les boutons pour la tunique des officiers nous arrivèrent à ce temps là semblable à ceux d’aujourd’hui.

«...La Chaux de la Picardie se prêtait bien aux sculpteurs amateurs et souvent on rencontrait dans la tranchée un -private- absorbé à se faire un Castor ou encore avec du charbon se dessiner un Castor sur son casque d’acier. »

L’insigne régimentaire « Le castor » souligne l'identité canadienne des membres du Régiment et les armoiries montrent son origine. Le castor est surmonté de la couronne royale qui change avec l'héritier royal.

La fleur de lys

La fleur de lys indique que la majorité des membres du Régiment sont les descendants des premiers colons français établis au Canada sous le régime français et que la langue de travail au Régiment est le français. Cet insigne de couleur or représente un castor sur un rondin. On a superposé, au castor, un anneau de couleur argent, sur lequel est inscrit «RÉGIMENT CANADIEN-FRANÇAIS». À l'intérieur de l'anneau est gravé un écu aux anciennes armoiries du Québec et, au bas de ce dernier, apparaît le chiffre «22». Sur le rondin, on lit la devise «Je me souviens».

La boucle de ceinture

La boucle de couleur or porte l'insigne du Régiment entouré de l'inscription «Royal 22e Régiment» dans une jarretière.  Elle se porte avec le ceinturon de coutil pour la grande tenue régimentaire et peut se porter avec la tenue no 1 des Forces canadiennes pour une garde d'honneur à caractère régimentaire.