La Deuxième Guerre mondiale

Le 31 mars 1931, la Milice active permanente (Force régulière) comptait 3 688 militaires de tous grades en regard de l’effectif de 6 925 prévu pour le temps de paix.  En juillet 1939, l’effectif n’avait guère plus évolué et comportait 4 261 hommes de tous grades.

Au cours du mois d'août 1939, la situation internationale se détériora à un point tel que, le 4 septembre, la Grande-Bretagne déclare la guerre à l’Allemagne nazie et le Canada fait de même le 10 septembre.

Au Régiment, c'est la période des congés annuels. À l’instar de l’armée régulière, le  Régiment qui, comportant un effectif d’au plus 250 militaires de tous grades, se voyait dans l'obligation de recruter afin d'atteindre l'effectif autorisé de 900 hommes.  L'entraînement des recrues se fait à la Citadelle de Québec. Le Régiment devient une unité de la 1re Division canadienne au sein de la 3e Brigade et part pour l'Angleterre le 9 décembre 1939 à bord du S.S. Aquitania avec un effectif de 800 hommes.

Le 14 octobre 1939, vers 16h00, deux sous-marins allemands sont aperçus dans les eaux du fleuve Saint-Laurent se dirigeant vers Québec. L’heure d’arrivée à Québec est estimée vers minuit. Il n’existe aucune défense côtière et encore moins une défense anti sous-marine. On réquisitionne un navire du ministère des Transports et son équipage civil, on y ajoute un canon de 18 livres avec quelques artilleurs de la milice locale ainsi que quelques fusiliers marins, c’est-à-dire des membres du Régiment et la chasse est lancée.  Malheureusement, les sous-marins ne seront pas repérés de nouveau et la chasse se termine dans l’après-midi du 15. Cet exemple sert à démontrer que nos défenses étaient inadéquates en 1939 et que nos forces militaires n’étaient pas préparées pour ce scénario.

En Angleterre, de décembre 1939 à juillet 1943, le Régiment jouera un rôle défensif tout en s’entraînant inlassablement afin d’être en mesure d’assumer son rôle offensif et significatif.  Au cours de cette période et surtout après la débâcle des Alliés en juin 1940, il assurera principalement la protection des côtes anglaises. À d'autres occasions, il effectuera des manœuvres de désinformations, tout comme des opérations de relations publiques.

En effet, le 2 avril 1940, le Régiment reçoit la nouvelle qu'il a été choisi pour monter la garde au Palais de Buckingham et de St-James du 12 au 21 avril. À cette occasion, 6 officiers et 80 soldats et sous-officiers seront affectés et c’est la première fois qu'une unité n'appartenant pas à l'armée anglaise était appelée à remplir cette fonction. Comme il s'agissait d'une unité de langue française, on entendra aussi pour la première fois la consigne transmise à la garde du Roi en français.


Des membres du Royal 22e Régiment montent la garde au Palais de Buckingham, à Londres, en avril 1940.

L’attente est terminée ! Voici que se présentait aux gars du «22e» le moment tant attendu de participer à cette guerre. Sous le commandement du lieutenant-colonel Bernatchez, le Régiment participe au débarquement et à l'invasion de la Sicile le 10 juillet 1943.

Par contre, le 5 juillet, le navire marchand M.S. Devis qui transporte une partie de la logistique du Régiment ainsi que 21 de ses membres, dont le capitaine George Winston Wells et le lieutenant Duclos, est torpillé et coule en moins de 20 minutes.

De nombreux valeureux souffriront pour sauvegarder les valeurs fondamentales de notre société.

Au moment du débarquement, le Régiment faisait partie d'un des éléments de réserve de la 1re  Division canadienne et ce n'est que vers 8 heures que les premiers éléments de tête du Régiment débarquèrent sur les plages de Pachino. La conquête du littoral aux environs de Pachino s'est fait avec une rapidité imprévue et, le soir, le Régiment se trouve déjà à 6,5 km à l'intérieur des terres. Cependant, les circonstances forcèrent le «22e» à prendre une part plus importante que le prévoyait le plan initial et il connu sa première bataille de la Deuxième Guerre mondiale, soit lors de la bataille de de Grotta-Calda, dite du « Fer à cheval » qui fit 7 morts et 24 blessés, le 17 juillet 1943. Malheureusement, cela ne constituera pas son seul sacrifice.

Commencée le 10 juillet 1943, la conquête de la Sicile nécessita 38 jours d'âpres combats et se termina le 17 août par l'entrée des Alliées dans Messine. Le Royal 22e Régiment a été largement impliqué au cours de cette conquête. Pensons aux batailles suivantes : Valguarnera, Adrano et Catenanuova.

Tout comme les gars du 22e Bataillon au cours de la Première Guerre mondiale, les gars du Régiment firent preuve d’une grande bravoure au cours de leurs premiers combats de la Deuxième Guerre mondiale au ours de la campagne de Sicile.

« L’attaque sur le mont Scapello et Santa-Maria devaient être les premières victoires du 22e en cette campagne  -de la Sicile- , mais elles devaient aussi coûter la vie au commandant de la compagnie « A » le capitaine Léo Bouchard de Rivière-du-Loup, dans cette valeureuse action qui lui valut une Croix Militaire posthume. Au cours d’un autre engagement, le lieutenant Pierre Potvin se mérita lui aussi une Croix Militaire pour avoir pris d’assaut une position de peloton ennemi qui stoppait l’avance du Bataillon. Un peu plus tard, à Grotta-Calda, Potvin pris d’assaut avec l’aide de son sergent et d’une de ses sections, une mitrailleuse qui décimait ses hommes. Quant au Fer-à-cheval, (un serpentement de la route près de Grotta-Calda), ce fut là aussi, l’un des premiers actes de bravoure de membres du 22e en action. En effet, deux de nos canons antichars étaient pris sous le feu ennemi avec leurs équipages. Nos deux héros, au mépris de leur sécurité, s’élancent sur la route balayée  par la mitraille et sauvent leurs canons et leurs équipages, tout en ramenant les blessés. … Tous deux furent décorés pour leur bravoure, c’est à dire de la Croix Militaire et la Médaille Militaire ».

Sitôt la capitulation de la Sicile proclamée à la radio, les Allemands mirent en oeuvre un plan minutieusement élaboré selon lequel, dans la nuit du 8 septembre, toutes les unités allemandes disponibles entrèrent simultanément en action et procédèrent à l'organisation de la défense du territoire italien contre les Alliés. Or, le jour même de la capitulation de la Sicile, le Régiment embarquait dans les péniches pour participer à l'invasion de l'Italie.

Dès 7 heures, le 3 septembre 1943, le Régiment débarque et, moins de deux heures plus tard, il occupe Reggio. Les jours et les mois suivirent avec la capture de Potenza, Sangro, Gambatesa et, pour terminer l'année 1943, avec la prise de la jonction des routes San Vito Grande/Orsogna-Ortona (objectif CIDER).


L'entrée dans Gambatesa, en Italie, en octobre 1943.

La 1re et la 2e Brigades subissent tour à tour des échecs dans leurs tentatives de prendre cette jonction des routes. Le commandant de la 1re Division décide donc d’engager sa 3e Brigade qui se trouvait en réserve. La 3e Brigade tente sans succès de prendre l’objectif avec le Carleton and York Regiment et le West Nova Scotia Regiment. Le 22e sera donc le dernier espoir de la 1re Division pour capturer l’objectif.

La prise de cette jonction était essentielle car elle ouvrait la route vers Ortonna (objectif de la 1re Division) et incidemment vers Rome.  Or, la Casa Berardi se trouvait près de cette jonction de routes.

Donc, l’objectif du R22eR était la capture de cette jonction des routes et, la Casa Berardi attribuée à la compagnie C, était un sous-objectif vital au succès de la mission.

Incidemment, la prise de Casa Berardi permettait la capture de l'embranchement principal de la route menant vers Ortonna. Le 14 décembre 1943, la compagnie C du Royal 22e Régiment, commandée par le capitaine Paul Triquet et appuyée par un escadron de chars de l'Ontario Tanks Regiment, assaillent furieusement le point fortifié de Casa Berardi. Le capitaine Triquet rallie ses hommes par ces mots :

«...L'ennemi est devant nous, derrière nous, sur nos flancs, il n'y a qu'une place sûre, c'est l'objectif...».

Il ne lui reste que 17 hommes et trois chars qui continuent d'avancer vers l'objectif. Au cours de ce combat, le Régiment se couvre de gloire. Les hommes ont fait preuve d'un courage magnifique et d'un sang-froid incomparable. Au cours de cet engagement, il y a eu 23 tués et 107 blessés, plusieurs des soldats et sous-officiers se verront attribuer des décorations. Quant au capitaine Triquet (plus tard devenu brigadier-général), il recevra la Croix de Victoria. Il a toujours dédié cette décoration à ses hommes.

Comme le brigadier-général Triquet a toujours si bien mentionné, il n'était pas le seul courageux.

Oui ! Il faut en parler du courage de ces hommes face aux dangers! Qui, avec un sens d'abnégation sans équivoque, font leur devoir au mépris de leurs vies, tel que le soldat Alban Leblanc lors de l'attaque de la ligne Adolf Hitler. Le peloton du soldat Leblanc avançait vers son objectif à travers les défenses ennemies lorsque, soudainement, il se trouva directement dans la ligne de tir d'un poste de mitrailleuses. À ce moment critique de l'assaut, chaque minute perdue signifiait davantage de victimes et risquait de compromettre le succès de l'opération, c'est ce dont le soldat Leblanc venait de se rendre compte lorsqu'il se précipite en avant de sa propre initiative. Sans aucun égard pour sa propre sécurité, il chargea la position ennemie et captura sans aide le poste de mitrailleuses tout en disposant dûment de ceux qui l'occupaient. Par ce geste, le soldat Leblanc permit à son peloton de poursuivre son avance. Le courage et le dévouement de ce soldat furent une source d'inspiration pour tous ses frères d'armes.

Néanmoins, la Campagne d’Italie continue et le Régiment verra un bon nombre de ses membres s'illustrer sur les champs de batailles de ce pays. La liste des morts s'allongera de plus en plus.

Le 5 janvier 1944, le lieutenant-colonel Jean V. Allard prend officiellement le commandement du Régiment. Quant au lieutenant-colonel Paul-Émile Bernatchez, il prendra le commandement de la 3e Brigade le 13 avril de la même année.

Année 1944.  Donc, après la bataille de la Casa Berardi et six semaines de combat intensif, le Régiment est en réserve pour les deux premières semaines de janvier 1944. Au cours de cette période, du congé sera accordé aux membres ainsi que des cours de tactiques aux nouveaux caporaux ainsi qu’aux renforts.

La période de la mi-janvier à avril 1944, se déroulera en fonction de deux semaines sur la ligne de front suivie de quelques de jours de congé.  Sur la ligne de front, le Régiment aura à mener quelques raids et patrouilles. Parlons du cpl Hébert qui, en février 1944, subit les plus graves blessures qu’un membre du Régiment ait eu au cours de cette guerre. Il subit ses blessures lors du réapprovisionnement des avant-postes BLUEBIRD. En effet, suite à un bombardement, il perdit ses deux bras et ses deux jambes.

D’avril à l’été 1944, le Régiment combattra sur la ligne GUSTAV. Cette ligne ayant cédé en mai,  la ligne HITLER, à son tour, tombera le 25 mai, ouvrant ainsi la route vers Rome. Au cours de cette période, les pertes du Régiment seront importantes soit, 28 tués et 172 blessés.  

Le 3 juillet 1944, le Régiment aura l’occasion de se rendre à Rome afin d’obtenir une rencontre privée avec le Pape Pie XII.

De juillet 1944 à mars 1945, le Régiment combattra sur la ligne GOTHIQUE soit, Borgo Santa Maria, Passage Lamone, Ligne Rimini, San Martino-San Lorenzo, San Fortunato et Cesena. À noter que l’effort principal des Alliés n’est plus l’Italie mais bien la France.

Le 17 mars 1945, le Royal 22e Régiment débarque dans le port de Marseille. Toute conversation étant interdite, les gars du «22e» firent un voyage secret et silencieux puisqu'ils avaient reçu l'ordre de ne pas parler leur langue avec les Français rencontrés en cours de route. Puis, le 6 avril, ils se retrouvent sur les bords de l'Yssel, au sud d'Appeldoorn en Hollande. Le Régiment participa alors aux dernières opérations de la Deuxième Guerre mondiale en Europe.

À la fin de ce conflit en Europe, un bataillon est levé pour aller combattre dans le Pacifique sous l'appellation, «1st Battalion 3rd Canadian Infantry Regiment». Il se rend à Debert en Nouvelle-Écosse pour une période d'entraînement. Après la capitulation du Japon, ce bataillon s'établit au Camp Valcartier le 1er octobre 1945 et devient le 2e Bataillon Royal 22e Régiment. Le corps principal du Régiment rentra d'Europe les 2 et 3 octobre 1945 et fut démobilisé à Montréal le 1er mars 1946.


Préparatifs de retour à la fin de la guerre, en Hollande, en 1945.

Le corps principal du Régiment et le 2e Bataillon sont dissous pour devenir le Royal 22e Régiment.  Il reprend possession de La Citadelle le 23 août 1946 alors qu'un détachement est envoyé à Saint-Jean-sur-Richelieu pour y occuper les casernes jusqu'en juillet 1950. La Force intérimaire est dissoute le 1er octobre 1946 et le Royal 22e Régiment devient une des unités qui constituent la Force régulière. 

Le 4 septembre 1956, le Régiment se voit attribuer officiellement ses 25 honneurs de batailles qu'il avait dignement mérité de porter à la suite des combats célèbres menés au cours de cette guerre.

Au même titre que les honneurs de batailles de la Première Guerre mondiale, le Régiment eut à choisir 10 de ces honneurs parmi les 25 qui lui ont été attribués afin qu’ils puissent figurer sur les plis du drapeau régimentaire. Ils sont identifiés en gras.

Débarquement en Sicile, Valguarnera, Adrano, Catenanuova, Sicile 1943, débarquement à Reggio, Potenzo, La Sangro, Casa Berardi, Torre Mucchio, Cassino II, Ligne Gustave, Vallée de la Liri, Ligne Hitler, Ligne Gothique, Borgo Santa-Maria,  Passage Lamone, Ligne Rimini, San Martino-San Lorenzo, San Fortunato, Cesena, Italie 1943-1945, Appeldoorn et Nord-Ouest de l’Europe 1945.

A l'instar des anciens du 22e Bataillon, les faits d'armes au crédit du Royal 22e Régiment au cours de la Deuxième Guerre mondiale furent nombreux et glorieux. Le Régiment s'est vu décerner un total de 135 décorations dont une Croix Victoria décernée au capitaine Paul Triquet en décembre 1943.

Malheureusement, plus d'une fois, le Régiment dut payer chèrement sa part de gloire.

DEUXIÈME GUERRE MONDIALE

 

OFFICIERS

SOUS-OFFICIERS
ET
SOLDATS

TOTAL

 EN SERVICE AU RÉGIMENT

314

4 980

5 294

 MORTS AUX COMBATS OU DES SUITES DES COMBATS

26

356

382

 BLESSÉS AUX COMBATS

63

1 202

1 265

 TOTAL MORTS ET BLESSÉS

89

1 558

1 647*

*SOIT 31% DE L’EFFECTIF AU SERVICE DU RÉGIMENT AU COURS DE CE CONFLIT

 

1.  Stacey, C.P. (colonel), Six années de guerre, L’armée au Canada, en Grande-Bretagne et dans le Pacifique, Volume 1, Ottawa, Edmond Cloutier imprimeur de la Reine et Contrôleur de la Papeterie, 1957, p. 5 et p. 33

2.  Bernier, Serge, Le Royal 22e Régiment 1914-199, Montréal, Art Global, 1999, p. 106 et 107

3. Poulin, Jean-Gaston (Tony), Un synopsis des faits d’armes du Royal 22e Régiment de 1914 à 1954, oeuvres inédites, 21 janvier 2002, p. 22