1927...Jeudi, Vers le 10 mars...une anecdote de Valère Duchesneau Certains valeureux ont risqués leurs vies pour faire tonner le canon. Prenons l'anecdote de Valère Duchesneau, matricule P48096, il s'était enrôlé le 30 juin 1920, il était natif de Lévis. Il était chargé de faire tonner le canon, un vrai bon soldat, fidèle à la règle comme pas un, d'une tenue impeccable et d'une exactitude à toute épreuve, même si l'horloge du Parlement donnait parfois des signes de faiblesse. Valère Duchesneau se familiarisa très vite avec son nouveau métier, jour après jour il tirait son canon au-dessus du parapet. C'était aussi une manière à lui de dire aux siens qui habitaient Lévis: ""Vous m'entendez, hein?"". A l'époque le bateau de la traverse était le seul moyen de transport entre les deux villes. Le pont de Québec ne servait qu'à la circulation ferroviaire. Donc, l'hiver arrive, ce n'était plus le même genre d'excursion. Surtout à la fin, à l'époque des grandes mers, il arrivait que les glaces s'accumulaient à un tel point qu'elles finissaient par former une masse presque solide de façon à interrompre toute navigation entre les deux rives. Or, [vers le 10 mars] 1927, après une tempête furieuse qui sévissait depuis deux jours, le pont de glace, cet amoncellement de banquise immobilisées, s'était formé. Il y avait le canon à tirer, même si nos troupiers n'avaient pas mis le nez hors de la Citadelle. C'eut donc été une raison plus que majeure pour Duchesneau de rester au chaud chez lui et être excusé de son service. Il décida de traverser coûte que coûte pour s'acquitter de son devoir. Avec grande peine, accomplissant des prodiges d'équilibre pour sauter de banquise en banquise, il parvint à atteindre Québec et enfin à la Citadelle. Et le canon tonna à l'heure prescrite. On le félicita de son beau geste, et on lui demanda quel motif l'avait poussé à risquer si gros lorsque son absence n'aurait pas eu tant de conséquence dans les circonstances. Pour toute réponse, il dit simplement: ""Mon canon ça se tire pas tous seul."" |