La vie d’une équipe de liaison et de mentorat dans un «Strong Point»
Par le soldat Jonathan Chalifoux, ÉLMO KANDAK 1
Avant de vous décrire la vie dans une position fortifiée, je vais vous donner une brève explication du jargon militaire qui sera utilisé dans cet article. Probablement vous avez entendu le terme ÉLMO ou OMLT déjà, ce qui signifie Équipe de Liaison et de Mentorat Opérationnel (ÉLMO) ou en anglais Operational Mentoring and Liaison Team (OMLT). Lorsque l’on parle d’une position fortifiée ou d’un «Strong Point» SP, c’est un peu comme un château fort que l’on utilise afin de conserver le contrôle d’un secteur géographique ou de confirmer sa présence dans un secteur. Lorsque l’on parle de l’Armée National Afghane on dit souvent simplement l’ANA. Notre équipe est composée d’environ une dizaine de personnes pour la plupart des fantassins mais on retrouve d’autres métiers afin de rencontrer tous les besoins en mentorat. Il y a aussi le terme kandak (KD) qui est l’équivalent du terme bataillon.
Militaires de l’armée nationale afghane avec leurs mentors canadiens (au premier plan) pendant une patrouille dans le sud de l’Afghanistan. Photo par l’ÉLMO roto 7.Assez de jargon militaire, je vais maintenant vous parler de ce que j’ai vécu pendant les derniers mois dans mon SP qui se situe dans le district de Zharey. Je peux vous dire que les conditions de vie y sont assez rudimentaires. Par exemple pour faire notre lavage, la vaisselle ou toutes autres tâches nécessitant de l’eau nous devons aller aux puits et la pomper manuellement. Il est aussi important de dire que nous avons une laveuse depuis peu et que nous n’avons pas de sécheuse. Pour notre alimentation nous utilisons de l’eau embouteillée puisque la qualité de l’eau de notre puits varie beaucoup. Pour nous nourrir nous nous faisons réapprovisionner occasionnellement en nourriture fraîche. Nous avons aussi du cannage et évidemment des rations. Nous passons la majeure partie de notre temps dans une tente commune pour nous tenir à l’abri du soleil puisqu’il fait très chaud. Dans le SP nous ne sommes pas seuls ; nous cohabitons avec l’ANA et donc notre horaire de travail est souvent en fonction de leurs coutumes. Coté hygiène personnelle, nous faisons notre ablution de la façon suivante : nous nous lavons dans des bassines avec un système de douche fabriquée de façon artisanale et nous avons des commodités de campagnes pour le reste de nos ablutions.
Militaires de l’ÉLMO de la roto 7 de l’équipe à la base opérationnelle avancée de Lakokhel photographiés devant leurs véhicules de combat, le GR-31.
Adj Steve Ouellet, lt Laprise, sdt Ladet, sdt Langfield, mat1 Michaud, sdt Buteau et sdt Roberge. Photo par le sergent-major régimentaire de l’ÉLMO, l’adjuc St-Pierre.Une journée typique ça commence par un petit déjeuner sur le pouce. Nous pouvons ensuite faire plusieurs patrouilles dans la journée. Ce sont des patrouilles à pied ou en véhicule fait conjointement avec l’ANA. On s’assure qu’il n’y a pas d’engin explosif improvisé ou de menace potentielle sur la route et les environs. Les patrouilles permettent aussi de faire acte de présence sur les routes et dans les villages qui nous entourent. C’est souvent lors de ces sorties que nous avons reçu des tirs provenant des insurgés communément appelés « contact » dans le monde militaire. Lorsque ces contacts se sont produits, c’est souvent par la bouche de nos canons (l’artillerie) que nous avons répondu. Par la suite, de retour à la maison nous nous reposons et un de nous fait à manger sur le barbecue qui est aussi fabriqué de façon artisanale. L’après-midi est généralement tranquille dû à la chaleur intense du climat désertique. Plus tard, nous prenons notre souper encore une fois fait par un membre de notre équipe. Pour terminé la soirée avec la traditionnelle coordination avec l’état-major de la compagnie de l’ANA. On se retrouve ensuite pour un film dans la tente commune qui permet de se changer les idées pour ensuite dormir d’un sommeil bien mérité.
Militaires de l’ÉLMO de l’équipe à la base opérationnelle avancée de Lakokhel photographiés sur un poste d’observation. Mat1 Michaud, sdt Langfield, sdt Buteau,
lt Laprise, sdt Ladet, adj Steve Ouellet et sdt Roberge. Photo par le sergent-major régimentaire de l’ÉLMO, l’adjuc St-Pierre.En terminant, je trouve que mes frères d’arme sont des soldats courageux et qu’ils ont à cœur leur pays. C’est grâce à leurs efforts jumelés à notre persévérance qu’ils mettent en place les outils qui permettent de faire de l’Afghanistan un pays sécuritaire. Nous sommes sur la bonne voix mais il reste encore du travail à faire.