65e ANNIVERSAIRE DES CAMPAGNES DE SICILES ET D’ITALIE 1943-2008

Dans le cadre du 65e anniversaire de la campagne de Sicile et d’Italie, nos vétérans du Régiment furent conviés à une cérémonie à la maison Paul Triquet à Québec le lundi 15 décembre 2008.  Anciens combattants Canada, le Secrétariat du Régiment et l’Association du Royal 22e Régiment se sont impliqués conjointement à cette occasion afin de coordonner la cérémonie, le transport et la mise à jour de la liste des membres Régiment encore vivants et ayant participé à ces campagnes.  Au total, le Secrétariat en a répertorié 31 disséminés à travers la province, le Canada et même les États-Unis.  Il va sans dire, compte-tenu de l’âge, de la distance et de la santé de nos vétérans, que quelques uns furent dan l’impossibilité de se déplacer à cet événement.  La représentation de nos vétérans et de nos membres en service s’est néanmoins avérée un très grand succès.


L’IMPLICATION DE L’ARMÉE CANADIENNE AUX CAMPAGNES

À la conférence de Casablanca, en janvier 1943, les chefs alliés décidèrent qu'après avoir conquis la totalité de l'Afrique du Nord, l'objectif suivant serait la Méditerranée. Leur but était de forcer l'Italie à abandonner la guerre.

La première étape fut le débarquement de troupes américaines et britanniques en Sicile le 10 juillet 1943.  La 1ère Division d'infanterie canadienne et la 1ère Brigade de chars de l'Armée canadienne se trouvaient sur le flanc gauche des Britanniques.  Des flottes de péniches de débarquement de la Marine Royale canadienne appuyaient les troupes.  Trois escadrons de bombardiers canadiens opérèrent à partir de bases temporaires situées en Tunisie pour appuyer les troupes au sol en Sicile et, plus tard, en Italie.  Le 417e Escadron de l’Aviation Royale canadienne participa à la totalité de la campagne d'Italie avec ses chasseurs Spitfire.

Les forces alliées occupèrent toute la Sicile en un mois.  La plupart des garnisons italiennes capitulèrent rapidement, mais trois divisions motorisées allemandes se livrèrent à d'habiles manœuvres pour ralentir l'avancée des alliés.

Le 25 juillet 1943, un coup d'État chassa Mussolini du pouvoir en Italie.  L'Italie capitula alors sans conditions, mais les Allemands prirent le contrôle du pays.

En septembre 1943, deux armées alliées débarquèrent dans le Sud de la péninsule italienne.  Au cours des 18 mois qui suivirent, les Allemands constituèrent des lignes de défense à travers la péninsule que les Alliés ne purent conquérir qu'au prix de nombreuses pertes.  Les canadiens participèrent à des combats extrêmement violents autour d'Ortona, sur la côte de l'Adriatique, en décembre 1943.  Au même moment, le gouvernement canadien dépêcha en Italie la 5e Division blindée canadienne et le quartier général du 1er Corps canadien.

Les Alliés entrèrent à Rome le 4 juin 1944, mais les débarquements du jour J en France, deux jours plus tard, firent paraître les évènements d'Italie comme étant beaucoup moins importants.  Les canadiens jouèrent un rôle primordial dans la percée de la Ligne gothique qui traversait la péninsule au nord de Florence en août 1944.  En janvier 1945, ils furent rappelés pour rejoindre la 1ère Armée canadienne dans le Nord-Ouest de l'Europe. En tout, sur les 92 757 soldats canadiens qui servirent en Italie, le quart fut blessé ou tué. 5 764 soldats y perdirent la vie.

L’IMPLICATION DU ROYAL 22e RÉGIMENT AUX CAMPAGNES

Au moment du débarquement de Sicile, le Régiment faisait partie d'un des éléments de réserve de la 1ère  Division canadienne et ce n'est que vers 8 heures que les premiers éléments de tête du Régiment débarquèrent sur les plages de Pachino.  La conquête du littoral aux environs de Pachino s'est fait avec une rapidité imprévue et, le soir, le Régiment se trouve déjà à 6,5 km à l'intérieur des terres.  Cependant, les circonstances forcèrent le «22e» à prendre une part plus importante que le prévoyait le plan initial et il connu sa première bataille de la Deuxième Guerre mondiale, soit lors de la bataille de Grotta-Calda, dite du « Fer à cheval » qui fit 7 morts et 24 blessés, le 17 juillet 1943. Malheureusement, cela ne constituera pas son seul sacrifice.

Commencée le 10 juillet 1943, la conquête de la Sicile nécessita 38 jours d'âpres combats et se termina le 17 août par l'entrée des Alliées dans Messine. Le Royal 22e Régiment a été largement impliqué au cours de cette conquête.  Pensons aux batailles suivantes : Valguarnera, Adrano et Catenanuova.

Tout comme les gars du 22e Bataillon au cours de la Première Guerre mondiale, les gars du Régiment firent preuve d’une grande bravoure au cours de leurs premiers combats de la Deuxième Guerre mondiale au cours de la campagne de Sicile.

« L’attaque sur le mont Scapello et Santa-Maria devaient être les premières victoires du 22e en cette campagne  -de la Sicile-, mais elles devaient aussi coûter la vie au commandant de la compagnie « A » le capitaine Léo Bouchard de Rivière-du-Loup, dans cette valeureuse action qui lui valut une Croix Militaire posthume. Au cours d’un autre engagement, le lieutenant Pierre Potvin se mérita lui aussi une Croix Militaire pour avoir pris d’assaut une position de peloton ennemi qui stoppait l’avance du Bataillon. Un peu plus tard, à Grotta-Calda, Potvin pris d’assaut avec l’aide de son sergent et d’une de ses sections, une mitrailleuse qui décimait ses hommes. Quant au Fer-à-cheval, (un serpentement de la route près de Grotta-Calda), ce fut là aussi, l’un des premiers actes de bravoure de membres du 22e en action. En effet, deux de nos canons antichars étaient pris sous le feu ennemi avec leurs équipages. Nos deux héros, au mépris de leur sécurité, s’élancent sur la route balayée  par la mitraille et sauvent leurs canons et leurs équipages, tout en ramenant les blessés. … Tous deux furent décorés pour leur bravoure, c’est à dire de la Croix Militaire et la Médaille Militaire ».


Cpl Patenaude G.E.Grotta Calda, croix militaire Maréchal Sir Bernard Law Monty Montgomery

Sitôt la capitulation de la Sicile proclamée à la radio, les Allemands mirent en œuvre un plan minutieusement élaboré selon lequel, dans la nuit du 8 septembre, toutes les unités allemandes disponibles entrèrent simultanément en action et procédèrent à l’organisation de la défense du territoire italien contre les Alliés.  Or le jour même de la capitulation de la Sicile, le Régiment embarquait pour participer à l’invasion de l’Italie. 

Dès 7 heures, le 3 septembre 1943, le Régiment débarque et, moins de deux heures plus tard, il occupe Reggio. Les jours et les mois suivirent avec la capture de Potenza, Sangro, Gambatesa et, pour terminer l'année 1943, avec la prise de la jonction des routes San Vito Grande/Orsogna-Ortona (objectif CIDER).

La 1ère et la 2e Brigades subissent tour à tour des échecs dans leurs tentatives de prendre cette jonction des routes. Le commandant de la 1ère Division décide donc d’engager sa 3e Brigade qui se trouvait en réserve. La 3e Brigade tente sans succès de prendre l’objectif avec le Carleton and York Regiment et le West Nova Scotia Regiment. Le 22e sera donc le dernier espoir de la 1ère Division pour capturer l’objectif.

La prise de cette jonction était essentielle car elle ouvrait la route vers Ortonna (objectif de la 1re Division) et incidemment vers Rome.  Or, la Casa Berardi se trouvait près de cette jonction de routes.

Donc, l’objectif du R22eR était la capture de cette jonction des routes et, la Casa Berardi attribuée à la compagnie C, était un sous-objectif vital au succès de la mission.

Incidemment, la prise de Casa Berardi permettait la capture de l'embranchement principal de la route menant vers Ortonna. Le 14 décembre 1943, la compagnie C du Royal 22e Régiment, commandée par le capitaine Paul Triquet et appuyée par un escadron de chars de l'Ontario Tanks Regiment, assaillent furieusement le point fortifié de Casa Berardi.  Le capitaine Triquet rallie ses hommes par ces mots :

«...L'ennemi est devant nous, derrière nous, sur nos flancs, il n'y a qu'une place sûre, c'est l'objectif...».

Il ne lui reste que 17 hommes et trois chars qui continuent d'avancer vers l'objectif. Au cours de ce combat, le Régiment se couvre de gloire. Les hommes ont fait preuve d'un courage magnifique et d'un sang-froid incomparable. Au cours de cet engagement, il y a eu 23 tués et 107 blessés, plusieurs des soldats et sous-officiers se verront attribuer des décorations. Quant au capitaine Triquet (plus tard devenu brigadier-général), il recevra la Croix de Victoria.  Il a toujours dédié cette décoration à ses hommes.

Comme le brigadier-général Triquet a toujours si bien mentionné, il n'était pas le seul courageux.

Oui ! Il faut en parler du courage de ces hommes face aux dangers! Qui, avec un sens d'abnégation sans équivoque, font leur devoir au mépris de leurs vies, tel que le soldat Alban Leblanc lors de l'attaque de la ligne Adolf Hitler.  Le peloton du soldat Leblanc avançait vers son objectif à travers les défenses ennemies lorsque, soudainement, il se trouva directement dans la ligne de tir d'un poste de mitrailleuses. À ce moment critique de l'assaut, chaque minute perdue signifiait davantage de victimes et risquait de compromettre le succès de l'opération, c'est ce dont le soldat Leblanc venait de se rendre compte lorsqu'il se précipite en avant de sa propre initiative. Sans aucun égard pour sa propre sécurité, il chargea la position ennemie et captura sans aide le poste de mitrailleuses tout en disposant dûment de ceux qui l'occupaient. Par ce geste, le soldat Leblanc permit à son peloton de poursuivre son avance. Le courage et le dévouement de ce soldat furent une source d'inspiration pour tous ses frères d'armes.

Néanmoins, la Campagne d’Italie continue et le Régiment verra un bon nombre de ses membres s'illustrer sur les champs de batailles de ce pays. La liste des morts s'allongera de plus en plus.

Le 5 janvier 1944, le lieutenant-colonel Jean V. Allard prend officiellement le commandement du Régiment. Quant au lieutenant-colonel Paul-Émile Bernatchez, il prendra le commandement de la 3e Brigade le 13 avril de la même année.


Lcol P.E. Bernatchez

Année 1944.  Donc, après la bataille de la Casa Berardi et six semaines de combat intensif, le Régiment est en réserve pour les deux premières semaines de janvier 1944. Au cours de cette période, du congé sera accordé aux membres ainsi que des cours de tactiques aux nouveaux caporaux ainsi qu’aux renforts.

La période de la mi-janvier à avril 1944 se déroulera en fonction de deux semaines sur la ligne de front suivie de quelques jours de congé.  Sur la ligne de front, le Régiment aura à mener quelques raids et patrouilles.  Parlons du cpl Hébert qui, en février 1944, subit les plus graves blessures qu’un membre du Régiment ait eu au cours de cette guerre.  Il subit ses blessures lors du réapprovisionnement des avant-postes BLUEBIRD.  En effet, suite à un bombardement, il perdit ses deux bras et ses deux jambes.

D’avril à l’été 1944, le Régiment combattra sur la ligne GUSTAV. Cette ligne ayant cédé en mai,  la ligne HITLER, à son tour, tombera le 25 mai, ouvrant ainsi la route vers Rome. Au cours de cette période, les pertes du Régiment seront importantes soit, 28 tués et 172 blessés.  

Le 3 juillet 1944, le Régiment aura l’occasion de se rendre à Rome afin d’obtenir une rencontre privée avec le Pape Pie XII.

De juillet 1944 à mars 1945, le Régiment combattra sur la ligne GOTHIQUE soit, Borgo Santa Maria, Passage Lamone, Ligne Rimini, San Martino-San Lorenzo, San Fortunato et Cesena. À noter que l’effort principal des Alliés n’est plus l’Italie mais bien la France.

 

Le 17 mars 1945, le Royal 22e Régiment débarque dans le port de Marseille. Toute conversation étant interdite, les gars du «22e» firent un voyage secret et silencieux puisqu'ils avaient reçu l'ordre de ne pas parler leur langue avec les Français rencontrés en cours de route. Puis, le 6 avril, ils se retrouvent sur les bords de l'Yssel, au sud d'Appeldoorn en Hollande. Le Régiment participa alors aux dernières opérations de la Deuxième Guerre mondiale en Europe.

SACRIFICE DU ROYAL 22e RÉGIMENT

Combien d’actes héroïques des membres du Régiment eurent lieu au cours de ces campagnes et de la 2e guerre mondiale et qui ne purent être récompensés par des décorations, faute de témoins, du décès de l’individu, du manque de temps ou à cause des circonstances difficiles imposées par la guerre. 

Rappelons-nous du sacrifice du Régiment au cours de ces deux campagnes car il a contribué grandement à la victoire finale des alliées en Europe en mai 1945.

DEUXIÈME GUERRE MONDIALE

 

OFFICIERS

SOUS-OFFICIERS
ET
SOLDATS

TOTAL

EN SERVICE AU RÉGIMENT

314

4 980

5 294

MORTS AUX COMBATS OU DES SUITES DES COMBATS

26

356

382

BLESSÉS AUX COMBATS

63

1 202

1 265

TOTAL MORTS ET BLESSÉS

89

1 558

1 647*

*SOIT 31% DE L’EFFECTIF AU SERVICE DU RÉGIMENT AU COURS DE CE CONFLIT

 

Je me souviens