Ma mission sur le haut de la montagne
Journal Adsum
Par le caporal Denis Robichaud
Technicien de véhicules, ESNC’est en tant que mécanicien pour l’Élément de soutien national (ESN) que j’aimerais partager avec vous une expérience vécue à mon arrivée en Afghanistan. À peine remis du décalage horaire, je rencontrais mon commandant de peloton qui m’a dit : «Caporal Robichaud, nous avons besoin de toi pour une tâche particulière. Une tâche héliportée en plus.» Wow! Cette mission m’était dédiée!
Imaginez comment j’ai pu me sentir à ce moment-là! Je devais aller prêter main-forte à un peloton de reconnaissance établi sur une montagne que nos forces venaient de saisir aux insurgés avec beaucoup d’ardeur. Après avoir reçu toutes les informations pertinentes sur mon mandat, le compte à rebours commençait. J’étais alors à 48 heures de ma première mission héliportée sur un des points les plus chauds, dans le sud de l’Afghanistan, où je donnerais du soutien de maintenance au peloton de reconnaissance. Ma responsabilité première serait donc de réparer l’équipement et les véhicules essentiels à leurs opérations.
La journée de mon départ, j’ai emporté mon équipement personnel seulement, car mes outils et les pièces nécessaires à l’accomplissement de la tâche devaient partir le lendemain. Curieusement, je n’étais pas nerveux lorsque j’ai pris place à bord du Black Hawk. Une fois dans les airs, je dois cependant admettre que je me demandais bien ce qui m’attendait là-bas, et ce, malgré toutes les informations que j’avais reçues quelques jours auparavant. Je me dirigeais vers l’inconnu.
Un site stratégique au beau milieu de nulle part
Le vol s’est avéré tactique et très méthodique avec les mitrailleurs qui veillaient à la sécurité. Lorsque j’ai aperçu cette montagne au beau milieu de nulle part, j’ai vite compris l’importance qu’on avait donnée à ce site stratégique. Il s’agissait d’un terrain vital pour nos opérations. En effet, cette montagne nous permettait d’avoir une observation constante, tous azimuts, sur des kilomètres, incluant les routes utilisées par les patrouilles logistiques de combat et les éléments du Groupement tactique.
Dès que j’ai mis les pieds au sol, l’équipe en place m’a très rapidement fait prendre connaissance de ce qui se passait, des opérations à venir et de l’équipement sur lequel je devais travailler. J’ai rapidement été intégré au sein de l’équipe et j’en faisais maintenant partie avec fierté. Le personnel a vite fait de m’escorter jusqu’à mes nouveaux quartiers qui se trouvaient au cœur d’un abri sécurisé par une muraille de terre.
Le caporal Denis Robichaud devant un véhicule RG-31.Maintenant que je venais de survivre au terrible choc d’avoir à dormir là, un autre est venu s’ajouter : la gestion de l’eau. À mon camp d’origine, nous avions des bouteilles d’eau à volonté. Cela ne m’avait pas permis de voir que nous n’avions pas tous la même chance et que, trop souvent, nous tenons des choses aussi essentielles que l’eau pour acquises. Ainsi, une patrouille devait être mise sur pied afin que les gars puissent descendre la montagne et chercher l’eau. Sur un terrain aussi chaud que celui où nous nous trouvons, nous apprenons très vite à vraiment apprécier ce liquide vital.
Au boulot!
Lors de ma deuxième journée, j’étais impatient de recevoir mes outils et de me mettre au travail. Un hélicoptère est alors arrivé pour nous ravitailler, mais le pilote, jugeant l’atterrissage trop risqué, est reparti sans rien nous laisser. C’en était fait de mes outils et mes pièces! J’ai donc dû attendre quelques jours supplémentaires avant de recevoir ma cargaison et débuter mon travail.
J’avais plusieurs véhicules à réparer, notamment un dont je devais remplacer la pompe à eau. J’ai senti l’importance de mon travail, surtout lorsque j’ai eu à réparer les deux génératrices permettant à tous les systèmes de sécurité de fonctionner. Cette tâche a sans aucun doute été le plus grand défi de mon séjour considérant l’importance de ces pièces d’équipement.
Pendant que j’effectuais les réparations, des opérations d’envergure se déroulaient à quelques kilomètres de nous. L’artillerie bourdonnait de partout et il nous était possible d’identifier du haut de notre point d’observation chacune des cibles qu’elle visait. Quel spectacle! J’ai été impressionné par sa force de frappe et sa précision. Malgré le fait que nous nous sentions seuls au monde au beau milieu du désert, voir le monde du haut de cette montagne nous procurait un sentiment de sécurité.
Ma mission a duré une dizaine de jours. Je garderai un excellent souvenir de ma participation à cette tâche. Surtout, je me rappellerai de notre rôle crucial et du travail que nous avons effectué en terrain opérationnel et ce, peu importe le métier que nous avons choisi.