Je me souviendrai
de l’adjudant Massouh

Journal Adsum

Par le capitaine Stéphane Girard

Commandant, peloton 23

 

Le 6 janvier 2008, l’adjudant Hani Massouh nous a quittés de façon impromptue lors de l’Opération TENG AZEM dans une région hostile de la province de Kandahar en Afghanistan. Le véhicule blindé léger (VBL) dont il était le chef d’équipage s’est renversé dans un fossé à cause des conditions climatiques exécrables et de la visibilité très limitée. Cet accident s’est produit à proximité de la position du peloton après le ravitaillement efficace des troupes et des véhicules de la compagnie.

 

L’adjudant Massouh s’est enrôlé dans les Forces canadiennes en 1990. Il a été affecté au Royal 22e Régiment (R22eR) et au Régiment aéroporté. Il a servi en Somalie, à Haïti, en Croatie, en Bosnie-Herzégovine puis, finalement, en Afghanistan. Il n’a jamais hésité à partager sa dévotion extraordinaire du métier de l’infanterie et sa fierté régimentaire exceptionnelle. Fort d’expériences professionnelles convaincantes et diverses, il était une pierre angulaire, un véritable mo­dèle à suivre. On le tenait tous en très haute estime.

 

Il était mon adjoint de peloton depuis le 18 septembre 2007 lorsque je suis arrivé au 2e Bataillon du R22eR. Il a été le grand chef d’orchestre de la formation du peloton. En effet, il s’est impliqué très activement dans les plans du sergent-major afin de transférer ses protégés de la compagnie C de la FO 2-06 au peloton en vue de la FO 3-07. Désirant amener un peloton expérimenté et mature en Afghanistan, il a consacré beaucoup de temps à développer les membres de ce dernier. Je me souviens du 20 juillet 2007. Avant de prendre l’avion, il m’a dit : «Ne vous inquiétez pas, Capitaine. On a un excellent peloton pour l’Afghanistan».

 

Un militaire dévoué

 

Très heureux dans ses fonctions d’adjoint de peloton d’infanterie, il avait à cœur le bien-être de ses membres qu’il appelait affectivement les Boys. Pendant son congé de mission au Canada, il s’était occupé de créer une bague de peloton sur la­quelle il avait fièrement fait graver son indicatif d’appel, 23 minor. Il la portait toujours sur lui depuis son retour.

 

Le lendemain du jour de Noël, il a préparé un souper pour les sergents et sous-officiers supérieurs du peloton avec les paquets reçus de sa conjointe Nathalie dans une tente qu’il avait décorée avec un arbre de Noël, des guirlandes et des lumières. Il a toujours été le premier à prendre les devants pour assurer les ravi­taillements du peloton et parfois même de la compagnie afin que personne ne manque de rien.

 

Je me souviens d’une opération dans le district d’Arghandab, en Afghanistan, où il a dirigé le ravitaillement démonté de la compagnie en parcourant 1,5 km de nuit en terrain hostile. De retour au peloton, il m’avait dit qu’il était «brûlé» et que les gars avaient fait un travail extraordinaire.

 

La chose qu’il aimait le plus dans l’armée était sûrement le VBL III. Pour lui, ce véhicule représentait presque la perfection et il adorait être dans la tourelle à titre de chef d’équipage. Deux jours avant l’opération, il s’était adonné à un champ de tir avec le caporal Labbé afin de s’assurer de l’efficacité et de la précision des armes du véhicule. Il dormait même ses nuits à mes côtés, en condition austère, dans le véhicule du poste de commandement

 

Un collègue apprécié


Le jour de Noël, sur la base d’opérations avancée Wilson, l’adjudant Massouh (à gauche)
était très heureux de se faire photographier avec le capitaine Stéphane Girard, l’auteur de ces lignes.

 

Il était très affectueusement surnommé «Donatello» (la tortue ninja) par les membres du peloton et surtout les sergents. La ressemblance était vraiment frappante quand il portait ses genouillères, son sac à dos et ses lunettes balistiques. Fan extraverti du Canadien de Montréal, l’adjudant Massouh était sûrement un excellent candidat comme futur directeur général pour le grand club. En effet, il a passé des nuits innombrables à faire ga­gner des coupes Stanley aux Habs sur son jeu d’ordinateur. Il était un excellent danseur. Le sergent Lecompte aimait bien faire jouer de la musique disco dans la tente pour le faire gigoter.

 

Le départ précipité de l’adjudant Massouh a été toute une épreuve pour les membres de sa famille et celle du R22eR. Militaire exemplaire, il a été une icône au sein du 2e Bataillon et le demeu­rera pour tous ceux qui l’ont connu. Hani, tu nous manques déjà et te connaissant bien, je suis persuadé que tu nous surveilles dorénavant de là-haut. Tu as toujours été un vrai père de famille pour nous. Tu persisteras dans nos cœurs et nos pensées. Comme tu le disais si bien : «Good Show!».