Le Viking

Journal Adsum

Par le sergent Steve Dufour

Commandant, section 2, peloton 23

 

Amicalement surnommé «le Viking» par ses confrères de travail en raison de sa taille et de sa carrure impressionnantes, le caporal Éric Labbé nous a quittés dans la soirée du 6 janvier 2008 lors d’un accident tra?gique survenu pendant l’Opération TANG AZEM en Afghanistan. Il participait au ravitaillement de la compagnie à titre de canonnier pour l’adjudant Hani Massouh.

 

Juste avant l’opération, l’adjudant avait conduit un champ de tir 25 mm avec le caporal Labbé. À son retour, il m’avait dit qu’Éric était un canonnier exemplaire et qu’il connaissait ses procédures sur le bout de ses doigts. Extrêmement mature et consciencieux, il excellait dans son poste de canonnier. Sa performance constante à ce titre a grandement contribué à ce que les membres de la section aient l’esprit tranquille durant les nombreuses opérations délibérées et déplacements tactiques auxquels nous avons participé.

 

Il aimait rire

Éric était sans doute l’un des seuls à encore porter ses shorts, t-shirts et sandales au mois de janvier en Afghanistan. En fait, cette anecdote a été la source de plusieurs discussions et faits cocasses au sein du peloton. Malgré son air mature et sérieux, il aimait beaucoup jouer des tours à ses collègues de section, plus particulièrement à son chef d’équipage, le caporal-chef Martel, qui a passé d’innombrables heures dans la tourelle en sa compagnie.

Connaissant tous les sketches des «Têtes à claque», il les a fait connaître également aux membres de son équipage via les communications internes de son véhicule. Fan incontestable de «Star Wars», il collectionnait tout sur le sujet, de la figurine à la bande dessinée. Il était une véritable encyclopédie, à un point tel qu’il souli?gnait les bons passages dans ses livres en disant qu’il s’agissait des meilleurs bouts et que c’était moins long à relire par la suite.

 


Le caporal Éric Labbé en train de lire un livre de «Star Wars», l’un de ses passe-temps favoris.

 

Il était pleinement engagé dans la mission

 

Pour ma part, ne connaissant que très peu Éric au début de l’entraînement pré-déploiement, je me rappelle son entrevue initiale où il m’a répondu qu’un déploiement ne l’intéressait pas pour le moment, mais qu’il partirait avec nous puisque c’était son rôle de soldat. Comme commandant de section, j’ai été surpris sur le coup par sa franchise et, plus tard, par son rendement exceptionnel et son dévouement sans borne. Jamais il n’a connu une baisse de rendement ou d’intérêt envers ses fonctions.

Connaissant mieux les autres membres de sa section, je lui ai posé la même question juste avant le déploiement. Cette fois, il m’a répondu : «Vous ne partirez pas sans moi». C’est à ce moment que j’ai vu en lui un homme changé, un homme qui se sentait pleinement engagé dans la section. Il avait trouvé la motivation du départ tant dans

l’esprit de camaraderie que dans ses responsabilités de canonnier, poste qu’il appré?ciait et dont il s’est acquitté des tâches avec mention.

 

Le départ précipité et inattendu d’Éric a été un dur coup pour notre section, notre peloton et la compagnie tout entière. Sa détermination exceptionnelle et son intérêt marqué envers son entourage seront sans aucun doute une source d’inspiration et de motivation pour ses camarades dans les aventures à venir. Éric, tu demeureras dans nos cœurs et nos pensées et tu seras à tout jamais un membre à part entière du peloton 3 et de la compagnie A du 2e Bataillon.

 

Je me souviens.