Qu’est-ce qui ce passe là bas?

Lt Matthieu Saikaly
Cmdt pon 9, cie C, GT 3R22eR

Pour faire changement des articles qui racontent les événements de la Roto 4, j’ai décidé de plutôt parler de certaines leçons apprises et à quoi vous attendre pour que les prochains gens partants puissent être mieux préparés.  Ceci s’applique surtout pour les personnes des armes de combat qui sortiront de l’aéroport de Kandahar (KAF). 

 

Responsabilités :  À tous les niveaux, attendez-vous à avoir plus de responsabilités pour votre grade actuel.  Notre peloton est entré en théâtre et a dû assumer le commandement d’une base d’opération avancée (BOA).  Auparavant, c’était nos frères de la compagnie de parachutistes du 3PPCLI qui opéraient de là et on devait maintenant s’occuper d’une zone d’opération qui appartenait à une compagnie.  De plus, on devait administrer une BOA de 200 personnes.  Mon adjoint est devenu sergent-major de camp, mon chef des armes a fait le transfert du matériel de 3VP, devenant un quartier-maître, et mon signaleur a dû administrer un système de communications comme jamais il ne l’avait fait auparavant.  Le travail des gars a porté fruit et après avoir trouvé une bonne routine de travail, un peloton pouvait maintenant s’occuper de la BOA en plus de patrouiller dans le secteur. Heureusement, le secteur d’opération qu’on avait hérité la première semaine allait devenir le secteur de notre compagnie dans le futur.

 

Les véhicules sont de bons taxis :  Une des pensées que j’ai retenue du commandant de cie de 3VP est qu’on a tendance à penser trop mécanisé lors de la préparation pour l’Afghanistan.  Le dernier Groupement tactique (GT) du 2 RCR avait mis l’emphase sur le mécanisé et, selon moi, le GT du 3R22eR aussi durant notre montée en puissance.  En effet, les véhicules blindés légers III (VBL III) sont grandement utilisés et il faut certainement se préparer pour le faire car c’est un système d’arme complexe et c’est un excellent outil.  Par contre, je dirais que 80% des coins où on est allé, il a fallu y aller à pied pour atteindre l’effet désiré.  Plusieurs fois notre peloton était à plus de 2 km de nos VBLs; et les VBLs ne sont pas toujours capables de nous couvrir.  Des patrouilles démontées de plus de 10 km sont faites régulièrement.  Pour s’infiltrer, il faut le faire à pied.  Les insurgés observent les routes et il n’y a pas beaucoup de routes pour accommoder des véhicules blindés en Afghanistan.  Parfois, pour se rendre où nous voulions, il n’y a qu’une route!  Travailler sur vos instructions permanentes d’opération démonté, vous allez les utiliser en théâtre c’est garanti.

 

 

Notre préparation de peloton :  J’avais dis à mon commandant de compagnie que je voulais faire le plus d’entraînement au niveau de section durant la montée en puissance pour que les commandants de section puissent avoir leurs soldats prêts.  Une fois fait, j’étais confiant que je pourrais effectuer n’importe quelle opération de peloton ou de compagnie.  Après tout, n’importe quelle opération se décortique en tâches de section.  Lorsqu’il y a un objectif, j’envoie une section pour couvrir un certain secteur et ensuite je me vois plutôt comme un coordinateur.  Ceci a porté fruit,  les sections étaient prêtes car elles avaient travaillé beaucoup à leur niveau, perfectionnant leurs actions immédiates à maintes reprises.   Plusieurs fois mes commandants de section ont opéré indépendamment et ont fait preuve d’initiative lors de moments tendus et j’étais confiant qu’ils pouvaient gérer la situation. 

 

Parlons du passé et du présent : Je me rappelle mes phases d’officier d’infanterie où certains candidats chialaient parce qu’ils trouvaient certains concepts désuets pour le 21e siècle.  Combien de fois j’ai entendu un individu dire : « L’avance au contact, ça ne se fait plus!  Position défensive?  On est plus en 1945! »  Même au bataillon, j’entendais parfois ces commentaires des membres du rang.  Et bien mesdames et messieurs, je peux vous affirmer qu’on en a fait beaucoup de l’avance au contact à la compagnie C et que j’ai passé du temps en position défensive, et ce avec peu de sommeil.  Attendez-vous à faire ce genre d’opérations.   

 

Compétences :  Vous allez utiliser la plupart des choses que vous avez apprises et pratiquées : demandes de missions de tir pour d’obus brisants à proximité et HE à 250m ou moins de mes soldats démontés, évacuations médiales, etc.  Apprenez tout par cœur.  Durant le combat, ce n’est pas le temps de fouiller dans vos aides-mémoire.  Connaissez vos armes et comment les utiliser.  J’ai tiré, (oui un commandant de peloton), du mortier contre des insurgés.  N’ayez pas l’attitude de : « J’ai pas besoin de savoir ça moi, c’est pas ma job. » Sinon vous allez subir les conséquences.

 

 

Coopération inter-armes :  Vous allez travailler avec différents métiers.  J’avais des ingénieurs avec une section de tête et ils sont tombés sous contact plusieurs fois côte à côte.  Les artilleurs vont appeler les avions, les hélicoptères et leurs canons pour vous appuyer.  Les chars vont être vos meilleurs amis, car ils vont prendre la ronde de RPG-7 pendant que vous avancez vers l’ennemi en plus de détruire l’ennemi avec leurs nouveaux 120 mm.  Un conseil, rester derrière. 

 

Êtes-vous prêts? Et les fameux dispositifs explosifs de circonstances (DEC) :  Vous allez sûrement frapper ou être témoin de quelqu’un ayant sauté sur un DEC.  Je suis même prêt à vous dire que c’est une certitude.  Commencez à vous conditionner psychologiquement que ça va vous arriver.  Connaissez les actions immédiates, pratiquez les et ne laissez pas les insurgés vous terrifier; c’est ce qu’ils veulent.  Les procédures que nous apprenons fonctionnent très bien.  J’ai perdu le compte de DECs qu’on a trouvé avant qu’on passe dessus depuis notre arrivée.  Ne pensez pas ne pas porter des gants et des lunettes balistiques; vous voulez les porter. 

 

Je ne peux pas prédire les réactions de tous les gens.  Par contre de mon expérience avec mon peloton jusqu’à date, je peux vous dire que vous pouvez avoir confiance envers l’entraînement reçu.  Vous allez être surpris comment calme vous allez être dans le feu de l’action.  Tout le conditionnement que vous avez subi va faire en sorte que vous allez faire votre boulot.  

 

Sur ce, je dois dire que ce déploiement est une expérience incroyable.  Je crois que je peux vous résumer l’expérience un résumé d’une conversation entre le LGén Leslie et un de mes sergents :    

-  «  Sgt, vous avez combien de temps dans l’armée? » 

-  «  18 ans monsieur », a répondu le sgt. 

-  « Combien de missions jusqu’à date? » 

-  « Quatre, dont une en Afghanistan déjà.  J’ai aussi fait Chypre, Somalie et Haïti. »

-  « Et combien d’années de combat avez-vous subi pendant ces 18 ans? »

-  « Deux mois, ici mon général. » 

 

Je me souviens.