Du grand départ jusqu’à aujourd’hui

Journal Adsum
Par le caporal Jean-François Bédard
Escadron A, Groupement tactique 3e Bataillon, Royal 22e Régiment


Caporal Jean-François Bédard.

Deux jours avant le grand départ, il y a beaucoup d’émotion dans l’air. J’ai comme le sentiment d’abandonner les deux personnes qui font de moi un homme comblé. Le matin avant mon départ, j’ai emmené mon garçon Mathieu à mes côtés pour lui jaser un petit peu de ce que j’allais faire ici et lui rappe­ler combien je l’aimais. Après cela, moi-même, Lisa (mon épouse), ma mère et mon père sommes partis en direction de la Garnison Valcartier pour se dire un dernier adieu avant de se revoir au mois de décembre, quatre mois et une semaine après mon départ. C’était très difficile et déchirant.

Une entrée en scène rapide

À mon arrivée en Afghanistan, sur la base de Kandahar Air Field (KAF), nous avons eu toutes sortes de cours sur la menace et sur les actions à prendre dans diverses situations. Une journée passée à KAF et nous voilà embarqués dans nos Coyote en direction de Spin Boldak, à environ deux heures de route au sud de KAF, proche de la frontière du Pakistan. La première fois que j’ai mis une balle dans la chambre de mon arme, je me suis dit que la mission était belle et bien commencée.

La route menant de KAF à la base d’opérations avancée (BOA) de Spin Boldak était quand même bien calme, mais pour une première sortie sur le sol afghan, c’était très stressant. Deux jours passés sur la BOA et déjà c’était ma première patrouille de présence au sud-ouest de Spin Boldak. J’ai été surpris de voir autant de sable que ça, avec la consistance de la farine. Les gens nous regardaient comme s’ils avaient toujours vécu en voyant passer des véhicules blindés, comme si c’était une voiture normale.

Une opération puis une autre

Un mois a passé et j’ai préparé ensuite mon équipement pour une opération à Gundhey Ghar, la montagne où nous avons perdu deux frères qui ont explosé sur une mine. Le trajet s’est fait à l’aide de nos confrères américains, avec leurs hélicoptères Blackhawk et Apache. Nous avons pris ce moyen de transport parce que la route était dangereuse. L’opération devait durer 14 ou 15 jours, mais dans l’Armée, il faut toujours s’attendre à des imprévus. Nous sommes restés 26 jours...

Notre travail consistait à obser­ver le mouvement des talibans et à protéger nos confrères qui étaient sur le terrain en train d’exécuter des patrouilles à pied en terrain ennemi. Nous avons été employés comme Force d’intervention rapide à quelques reprises, quand les choses n’allaient pas trop bien. Cela veut dire que nous embarquions dans nos Coyote pour aller aider nos confrères qui étaient sous le feu de l’ennemi. C’est une des raisons pour lesquelles, en Afghanistan, il faut être toujours alerte et à l’affût de ce qui peut se passer.

L’opération de Gundhey Ghar s’est terminée et nous nous sommes retrouvés au mois d’octobre. De retour sur la BOA de Spin Boldak, nous n’avons même pas eu une journée ou deux de tranquillité que nous sommes partis pour trois jours de surveillance proche de la frontière. La tâche passait sans trop de difficultés, mais il n’y avait pas beaucoup d’heures de sommeil, comme lors de toutes les autres opérations. Nous sommes sortis presque tous les jours, que ce soit pour une patrouille de présence, de l’observation ou lors de postes de contrôle de circulation.

Un incident marquant

Le 22 octobre, nous avons quitté la BOA pour effectuer une patrouille de présence dans la ville de Spin Boldak, une patrouille que nous étions habitués de faire. En entrant dans la ville, les gens semblaient se comporter comme à l’habitude et, soudainement, nous avons roulé sur un engin explosif. Sous le stress, nous avons poursuivi notre route jusqu’à notre prochain arrêt. Tout le monde était correct sauf moi. J’avais un sifflement continu dans mon oreille et je n’entendais plus rien.

Depuis cet événement, je sais qu’à tout moment nous sommes confrontés à certaines gens qui ne veulent pas aider leur pays à devenir meilleur...