L’ouverture des JDCC : le 911 en Afghanistan

Journal Adsum
Par le capitaine Sylvain Falle et le capitaine Catherine Larose
Groupement tactique, 3e Bataillon Royal 22e Régiment

Dès le mois d’août 2007, la décision de mettre sur pied un centre conjoint de coordination de district (Joint District Coordination Centre- JDCC) était prise par le commandant du Groupement tactique du 3e Bataillon du Royal 22e Régiment (GT 3 R22eR). En fait, le développement du concept a été mis de l’avant par plusieurs joueurs dont l’état-major du GT, les commandants de compagnie au GT et le lieutenant-colonel Alain Gauthier, commandant du GT, qui était le chef d’orchestre.

Il faut comprendre qu’il existait déjà un centre similaire dans la province de Kandahar. Toutefois, le JDCC apporte quelque chose de nouveau. Il a pour but principal d’établir des liens de coordination et de communication entre les partenaires des Forces de sécurité nationale afghane (FSNA), des Forces de la coalition et des Forces internationales d’assistance de sécurité (FIAS) ainsi que les différentes personnes clés venant des villages.


Dans le district de Zhari, le lieutenant-colonel Alain Gauthier, commandant du Groupement tactique du 3e Bataillon du Royal 22e Régiment, participe à la coupure du ruban lors de l’ouverture officielle du Centre conjoint de coordination de district.

Apprendre à se faire confiance

Faire confiance semble très facile, mais en réalité c’est tout le contraire. Plusieurs de ces gens n’ont pas l’habitude de se parler et certains groupes refusent de collaborer avec d’autres joueurs. Ce concept favorise l’échange d’informations au sujet de la sécurité à tous les niveaux d’intervention possibles, et ce sont les Forces de la coalition qui servent de guide tout au long du processus.

Une fois que l’échange d’informations est mis en branle, les ressources en matière de sécurité publique pourront être finalement utilisées et allouées de façon optimale. Par exemple, le JDCC pourra mettre sur pied rapidement une équipe de réaction rapide constituée d’un mélange de policiers afghans et de membres de l’Armée nationale afghane, selon les ressources disponibles, au lieu d’attendre les Forces de la coalition.

Mener un tel projet à terme était difficile pour différentes raisons, mais principalement à cause de la méfiance de la population envers les autorités afghanes. La période d’occupation (30 ans), la guerre civile et le régime taliban ont laissé de profondes cica­trices au sein des institutions gouvernementales telles que la force policière et les divisions tribales, mais des séquelles encore plus graves au sein de la population afghane qui a été profondément marquée par ces événements.

Établir le dialogue

Le concept et la mise sur pied du JDCC étaient toutefois simples. En premier lieu, on devait amorcer et faciliter le dialogue entre les partenaires pour ensuite aider à bâtir un lien de confiance entre les différents intervenants. Les intervenants incluent plusieurs joueurs : du chef de village aux mollahs en passant par les FIAS et les FSNA.

La réalité afghane en est une de consensus. Bien qu’un système démocratique soit en place avec des élus qui prennent des décisions pour le bien collectif, la communauté s’en méfie. Ce concept de gouvernement central est perçu comme étant loin et disfonctionnel par plusieurs Afghans, surtout par la population du sud de l’Afghanistan.


?Le capitaine Guy Noury de la Coopération civilo-militaire s’adresse aux différents chefs afghans pendant la shura qui officialise l’ouverture du Centre conjoint de coordination de district. - Photos: Cplc Robert Bottrill, Caméra de combat des FC

En second lieu, et seulement une fois le dialogue engagé et le lien de confiance établi, on pouvait s’appliquer à la tâche la plus facile : trouver un endroit pour bâtir le centre. Installé près des FSNA, il a été construit à partir d’un conteneur maritime où tous les intervenants ont une place assignée. On y trouve plusieurs grands tableaux avec des cartes géographiques et des numéros de téléphone importants, dont celui des services d’urgence (la force de réaction rapide fournie par les Forces de la coalition). Avec ces tableaux, le personnel peut répondre aux urgences et fournir des ressources plus rapidement.

Le projet se concrétise

À peine trois mois après l’idée du JDCC, c’était l’ouverture officielle des centres dans les districts de Spin Boldak, Zhari et Panjwayi. Chaque centre possède des intérêts similaires et des contraintes locales, qui le rendent unique. On ne règle pas les problèmes de la même façon à Zhari qu’à Spin Boldak. Les personnalités, l’aspect tribal, la situation tactique et économique demandent du doigté, de la flexibilité et beaucoup de patience de la part des commandants sur place, car le processus peut être parfois long et laborieux.

L’aspect police communautaire ou service d’urgence (comme le 911) s’implante peu à peu au sein des districts. L’arrivée de l’Équipe de liaison et mentorat opérationnel- police (ELMO-P) a ajouté de la valeur au concept, car elle permet d’entraîner les Afghans à prendre action de façon efficace en matière de la sécurité. Le travail inlassable et la patience des militaires canadiens auprès de leurs partenaires ont permis à cette idée de s’implanter comme projet viable auprès des Afghans.

Le 911 est encore loin d’être une réa­lité concrète ou même d’être une copie de notre système, mais pour le moment, c’est la solution qui tient la route.

Dans la société afghane, les mollahs, les chefs de village et les chefs de tribus sont le point de référence et les experts sur les questions de sécurité. Un changement de culture s’effectue tranquillement, car d’autres joueurs sont impliqués dans les décisions en matière de sécurité publique. La communauté afghane devient lentement une société plus structurée où les questions de sécurité publique sont réglées non plus uniquement par les dirigeants des villages, mais aussi les institutions en place telles que les Forces de sécurité nationale afghane comme la police et l’armée. Il y a maintenant plus de spécialistes à table, ce qui génère plus de ressources et plus d’idées. Tous ont le même but : venir en aide aux Afghans en offrant sécurité et stabilité dans la région.

Rétablir la gouvernance

La gouvernance prend de l’importance et gagne de la crédibilité avec le succès du JDCC. Peu à peu, malgré la méfiance de la population envers ses institutions, une certaine confiance s’établit entre la population et les forces de l’ordre, car une stabilité se crée. Éventuellement, les JDCC seront reliés au centre provincial de coordination. La connectivité et le pouvoir central permettront de mieux servir la population et de mieux répondre à ses besoins.

Les JDCC ont donné une bonne tournure à la gouvernance. Les chefs de district ont maintenant la confiance nécessaire pour discuter toutes questions de sécurité bien que notre travail soit de cette nature. Ces derniers abordent ce sujet lors des rencontres hebdomadaires. La sécurité est devenu une de leur responsabilité et leur priorité.

La gouvernance prend tranquillement la place qui lui revient et mène l’aspect sécurité, tout comme dans les pays occidentaux. Les autorités gouvernementales locales réalisent qu’elles ont la responsabilité, en partenariat avec les FSNA, les Forces de la coalition et les FIAS, d’assurer les besoins de la communauté en premier lieu. Cela est probablement l’aspect le plus positif de ce projet. L’aspect sécurité amené par les forces militaires demeure présent, mais le leadership afghan commence à assumer un rôle de premier plan dans ce domaine. Cette implication du gouvernement ne passe pas inaperçue aux yeux des Afghans et fait toute une différence dans leur vie.