Guerre de Corée 51-53
La guerre en Europe étant terminée, le Canada décide de rejoindre les Alliés sur le front du Pacifique. Conséquemment, le Canada consentait de former une division d’infanterie qui combattrait auprès des Américains. En mai 1945, le Brigadier Bernatchez se portait volontaire à la tête d’une brigade et demandait aux gars du 22e de se porter aussi volontaire pour ainsi former un bataillon d’infanterie canadien-français. Ce nouveau bataillon, nommé officiellement sous l’appellation «1st Battalion 3rd Canadian Infantry Regiment», est sous les ordres du lieutenant-colonel G. Turcot et il débute son entraînement en août 1945, avec un effectif de 18 officiers et 118 sous-officiers et soldats. La capitulation du Japon met un terme à ce nouveau bataillon qui sera plus tard identifié comme étant le 2e Bataillon du R22eR. Néanmoins, cette unité sera en force jusqu’à sa dissolution le 1er octobre 1946. Quant au corps principal du Régiment, ce dernier rentre d'Europe les 2 et 3 octobre 1945, et le personnel démobilisé à Montréal le 1er mars 1946.
Monument national des vétérans de la Corée
Cimetière Meadowvale, Brampton, Ontario
Photo: Archives R22eRAprès la démobilisation, c'est la réorganisation du Régiment et la réoccupation de La Citadelle. C'est ainsi que le 23 août 1946, le Royal 22e Régiment, sous le commandement du lieutenant-colonel G. Roberge, prit officiellement possession de La Citadelle inoccupée depuis la démobilisation des effectifs du Quartier-général de l'Est du Québec. Mais, « à cause de la condition des quartiers, le manque de logement pour les familles des gens mariés et le manque d’organisation de la vie militaire en temps de paix »
, il est décidé qu’un détachement, sous le commandement du major P.F. Potvin, quitte Valcartier pour le site historique de Saint-Jean d'Iberville à l’endroit même, où en 1914, le 22e Bataillon eu sa résidence (d'où le nom de Fort St-Jean pour l'édifice 314 où loge le 1er R22eR).
À La Citadelle, on retrouva l'état-major du Régiment, deux compagnies d'infanterie et des éléments de la compagnie d'administration. Tandis qu'à Saint-Jean d'Iberville, dans les casernes construites après la révolte de 1837, on logea une compagnie d'infanterie, une compagnie de soutien et le reste de la compagnie d'administration.
En fait, de 1946 à 1950, le Régiment comporte un effectif d’environ 480 militaires tous grades confondus et Valcartier sert toujours comme endroit d’entraînement pour les troupes. Malheureusement, la répartition de l’effectif du Régiment sur deux zones a comme conséquence directe qu’il y a rarement une période d’entraînement au niveau d’unité et qu’il semble très difficile d’en faire au niveau de compagnie. En fait, l’entraînement s’effectue principalement au niveau individuel.
Il faut mentionner que le Régiment a assisté les autorités civiles lors des grands incendies de Rimouski et de Cabano en 1950. De plus, et afin de contrer la menace provenant du Nord et à l’aube de la guerre de Corée, le Régiment se voit convertir en une unité de parachutistes. À noter que presque immédiatement à la fin de la Deuxième Guerre mondiale, l’échiquier international voyait déjà la formation de deux grands blocs, le capitalisme (bloc de l’Ouest) et le communisme (bloc de l’Est). Entre 1945 et 1949, le bloc de l’Ouest, sous l’initiative du Premier ministre canadien, Lester B. Pearson, se regroupe afin de former l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN). Sur l’échiquier mondial, tous se surveillaient, tous s’espionnaient et les actions militaires des grandes puissances s’effectuaient par des forces interposées. À ne pas en douter, la Corée sera en quelque sorte le premier bras de fer d’envergure.
Bien que la vie de garnison puisse paraître simple, voilà que le Régiment allait connaître des jours sombres en Corée.
Le 25 juin 1950, c’est la guerre !En effet, au cours de la nuit du samedi au dimanche 25 juin 1950, des pluies intermittentes sont tombées le long du 38e parallèle. Le calme règne et rien ne laisse présager ce qui va bientôt se produire. Des soldats sud-coréens font bien le guet le long de la ligne de démarcation qui divise la Corée, bien que les engagements aient cessés depuis quelques temps, la situation laissait plutôt espérer une détente réelle. Puis, tout à coup, à 4 heures du matin, cette quiétude fait place à un véritable enfer. Précédées d'un violent tir d'artillerie, les forces nord-coréennes envahissent d'est en ouest le territoire de la République de Corée. Malgré la résistance parfois héroïque, elles balaient tout sur leur passage et, en quelques heures, s'emparent de plusieurs points stratégiques.
Au surlendemain de l’invasion, le Premier ministre, Louis Saint-Laurent, annonce la formation d’une brigade spéciale sous l'égide des Nations Unies et il autorise la formation du 2e Bataillon du Royal 22e Régiment. Il faut se remémorer qu’à l’époque, le gouvernement convenait qu’il s’agissait plutôt d’une opération policière. Force est d’admettre que le Régiment allait connaître à nouveau des jours sombres dans ce théâtre d’opération. Qui plus est, cela fut, en quelque sorte, la première opération d’envergure des Nations Unies nouvellement formées en 1946.
Le recrutement au Royal 22e Régiment débuta à fond de train. Le 12 août 1950, 18 recrues se présentent au bureau régimentaire et un mois et demi plus tard, soit le 25 septembre, les effectifs, qui ne devaient pas dépasser 1 500 hommes, s’élevaient à 1 600. Le succès rapide de cette campagne de recrutement n’a pas reposé uniquement sur un rengagement des vétérans de la Deuxième Guerre mondiale, mais il est principalement dû au haut taux de chômage.
De plus, il ne faut pas croire que tout se passa rondement et sans difficultés. D’abord, l’équipement faisait défaut (actualité). Par exemple, au tout début, le Régiment ne disposait que d’une seule jeep. Ensuite, les casernes manquaient du nécessaire. Les effets personnels étaient nettement insuffisants. Sur les 400 hommes réunis à Valcartier le 17 août, seulement une soixantaine avaient reçu leurs uniformes, tandis que les autres n’avaient absolument rien.
Le corps principal du Régiment, cantonné à Valcartier, devient le 1er Bataillon. Le 2e Bataillon, commandé par le lieutenant-colonel J.A. Dextraze, se rend à Fort Lewis, aux États-Unis, pour y parfaire son entraînement. Il y demeure jusqu’au 19 avril 1951. Le 14 décembre 1950, un troisième bataillon est formé à Fort Lewis, sa raison d’être consiste à être un bataillon servant comme véhicule d’entraînement pour les recrues. Avec le prolongement de la guerre de Corée, le rôle du 3e Bataillon sera revu afin qu’il puisse participer au conflit.
Le 2eBataillon restera en Corée du 19 avril 1951 jusqu’au 23 avril 1952. Au cours de ce séjour, il fit quelques avances mineures, plusieurs patrouilles et surtout a vécu la bataille la plus sanglante qu’ait connu le Régiment en Corée, soit la bataille de la Colline 355. La mort agira comme une voleuse.
Des hommes du Royal 22e Régiment observent les positions ennemies en Corée, en 1951.Courage, ténacité et vaillance sont des mots encore trop faibles pour décrire la dignité et la valeur des soldats du «22e». En quatre jours de combat, le Régiment avait perdu 54 hommes, dont 16 tués et deux faits prisonniers. La moitié de ces pertes étaient celles de la compagnie D. Comme le bataillon n'avait pas l'habitude de laisser ses morts ou ses blessés sur le champ de bataille, dès que la compagnie B eut occupé ses nouvelles positions, on entreprit d'aller récupérer les corps des hommes du lieutenant MacDuff tués l'avant-veille. Cette délicate et périlleuse opération, qui devait naturellement se faire au vu et au su des Chinois, fut confiée au lieutenant J.J. Paradis. Aidé des soldats Casavant et Tassé, avançant ventre contre terre, ils réussirent à atteindre les positions du peloton 11, qui ne servait plus que comme poste avancé, et à ramener les uns après les autres tous les corps des victimes de ce qui fut sans aucun doute le combat le plus sanglant livré par le «22e» en Corée.
Le 24 mars 1952, l'arrière-garde d'un important détachement, dirigé par le lieutenant Charland, se faisait surprendre à son tour par l'ennemi. Isolée du reste du groupe, elle progressait en silence le long d'un petit ruisseau quand elle fut soudainement attaquée par derrière. Des corps à corps accompagnés de coups de feu et de combats à la baïonnette devaient décider de l'issu de cet engagement. Après avoir tué 8 ou 9 de leurs 15 assaillants, le caporal Delphis Cormier et ses hommes réussirent à regagner leur ligne. Trois d'entre-eux étaient cependant blessés.
La bravoure et l'abnégation ! C'est pendant la nuit du 5 au 6 septembre 1952 que le «22e» fut durement touché. Alors que l'artillerie ennemie faisait pleuvoir pas moins de 400 obus sur les compagnies B et C, tuant 4 hommes et en blessant 5 autres, deux pelotons chinois obligeaient une patrouille de 6 hommes à battre en retraite. Comme ces derniers s'apprêtaient à regagner les lignes du Bataillon, leur chef, le caporal Ladouceur, se rappela qu'une brèche pratiquée par sa patrouille dans le champ de mines qu'elle venait de traverser n’avait pas été refermée. Il revient donc sur ses pas afin de réparer cet oubli. C'est alors qu'il fut fait prisonnier et plus tard tué pendant qu'il tentait d'alerter les hommes venus à sa rescousse. Le caporal Ladouceur fut cité à l'ordre du jour à titre posthume.
Le 23 avril 1952, le 1er Bataillon remplace le 2e Bataillon sur la ligne de feu. Un an plus tard, le 23 avril 1953, il est relevé par le 3e Bataillon qui est en place lors de la signature du cessez-le-feu le 27 juillet 1953. Toutefois, ce dernier servira en Corée jusqu'au 13 avril 1954.
Malgré le sang versé par nos frères d’armes et les honneurs obtenus par les Forces canadiennes ainsi que notre Régiment, la guerre de Corée restera longtemps une guerre oubliée au sein de la population canadienne qui sera indifférente à cette dernière jusqu’au début des années 2000.
À l'instar des anciens du Régiment qui ont fait la Première et la Deuxième Guerre mondiale, les faits d'armes au crédit du Royal 22e Régiment au cours de cette guerre furent nombreux et glorieux. Le Régiment se vit attribuer un total de 84 décorations. Malheureusement, plus d'une fois, il a dû payer chèrement sa part de gloire.
La vaillance et la combativité des soldats du Royal 22e Régiment valurent au Régiment l'honneur de bataille Corée.
GUERRE DE CORÉE
OFFICIERS
SOUS-OFFICIERS
ET
SOLDATSTOTAL
EN SERVICE AU RÉGIMENT
317
3 146
3 463
MORTS AUX COMBATS OU DES SUITES DES COMBATS
5
99
104
BLESSÉS AUX COMBATS
8
177
185
TOTAL MORTS ET BLESSÉS
13
276
289*
*SOIT 8% DE L’EFFECTIF AU SERVICE DU RÉGIMENT AU COURS DE CE CONFLIT
1. L'Amicale du 22e, de l'Association du 22e Inc., Vol 1, no 9, 15 janvier 1948, p. 3