1920-1939
Le retour, la démobilisation et la réactivation du 22e Bataillon

Introduction

Le 11 novembre 1918, l’Allemagne déposa les armes, l’armistice fut signée, la guerre terminée!  Depuis son arrivée sur le sol de France et ses premières heures avec cette dure réalité qu’est la guerre, le 22e Bataillon (canadiens-français) a connu 38 mois d’âpres combats et de souffrances physiques et psychologiques.  L’armistice étant signé, cela ne signifiait pas le retour immédiat au pays de cette glorieuse unité.  Plusieurs mois s’écoulèrent durant lesquels, les membres du bataillon imaginèrent leur retour vers la mère patrie, mais surtout auprès des leurs !  Dans l’attente de cette merveilleuse journée, les membres du 22e Bataillon se rendirent en territoire Allemand où ils séjournèrent du 5 décembre 1918 au 23 janvier 1919.  Par la suite, les longues étapes qui menèrent nos valeureux de l’Allemagne vers la Belgique, ensuite la France pour enfin traverser la Manche et atteindre l’Angleterre dès le 7 avril 1919.  Un autre mois d’attente suivit !

Enfin le 10 mai 1919, six mois après l’armistice, c’est l’inoubliable journée d’embarquement à bord du navire Olympic, jumeau du Titanic amarré à Southampton en Angleterre. 

« Je puis donc maintenant songer à toutes ces joies que m’apportera mon prochain retour au milieu des miens.  Comme tout doit être changé, depuis plus de deux ans que j’ai laissé le pays! …Comme je dois être attendu avec anxiété là-bas maintenant que la guerre est terminée ! »
Major A.J. Lapointe1

Que fut l’avenir du seul bataillon canadiens-français ayant combattu au sein du Corps expéditionnaire canadien (CEC) ?  Est-ce que dans les plans de réorganisation des Forces canadiennes de l’époque, le 22e Bataillon fut considéré et maintenu ?  Fut-il démobilisé et dissout ?  

« Sans l’oublier, peu à peu le silence se rétablira autour de son nom. Il deviendra dans la suite des temps quelque chose comme le souvenir d’un lointain pèlerinage qui eut une heure de célébrité. » 
SMC Claudius Corneloup2

Retour au pays et démobilisation

Après six jours de traversée, l’Olympic accosta à Halifax.  Le Brigadier-général T.-L. Tremblay qui se trouvait à bord, reçut le premier message de bienvenue en terre canadienne.  Cela provint de Cyrille F. Delage alors Surintendant de l'Instruction publique du Québec et Président du Comité de réception pour la Ville de Québec. En lisant la missive, Tremblay pouvait mesurer toute la fierté d’une nation à l’égard du 22e Bataillon.  Des réceptions grandioses attendaient nos Canayens !  Il en sera de même tout au long du parcours ferroviaire devant les mener d' Halifax à Montréal en passant par Amherst (N.-B.). 

Arrivés le 18 mai à Québec sous une pluie diluvienne, les membres du 22e Bataillon furent l’objet d’un torrent d’éloges de la part de Sir Lomer Gouin, Premier ministre du Québec, de M. Henri-Edgar Lavigueur, Maire de Québec ainsi qu’un grand nombre de personnalités venues assister aux célébrations.   Est-ce que ces marques d’appréciation de la communauté jouèrent un grand rôle dans la réactivation de cette unité qui fit l’orgueil d’une nation ? C'est à voir car plusieurs membres du Bataillon furent démobilisés à Québec; quant aux autres, ils prirent les trains spéciaux qui les menèrent à Montréal en matinée du 19 mai . 

Là aussi, ils furent accueillis en héros. Ils portaient avec eux le souvenir des 3 961 morts et blessés3.   Le 22e Bataillon (canadien-français), la fierté et l’honneur d’un peuple, serait démobilisé à la fin de la journée du 19 mai 1919.    

« Si au milieu des fêtes inoubliables que Montréal vient d’offrir aux soldats du 22e , mille familles attendaient dans la joie l’heure de la grande délivrance afin de presser tendrement l’être cher, absent depuis de longues années, il y avait aussi muette multitude de personnes résignées qui retenaient leurs larmes et semblaient demander à tous ces survivants heureux, [ les dernières paroles  de leurs morts. ] »
SMC Claudius Corneloup4

La réactivation

Quelque mois après la fin de la Grande Guerre5 et bien avant le retour du 22e Bataillon au pays, le gouvernement canadien établit ses plans de réorganisation pour son armée d’après guerre.  En vertu de l’Ordre général no 27 publié le 1er avril 1919, il fit connaître la composition des unités qui furent réintégrées au sein de la Force permanente; le 22e Bataillon n’y figurait pas ! Pis encore, il ne figurait pas au sein de la Force non-permanente !  Incidemment, selon cet ordre, le 22e Bataillon devait être dissout ! Seulement deux régiments d’infanterie feraient partie de la Force permanente du Canada, à savoir : le Royal Canadian Regiment (RCR) et le Princess Patricia’s Canadian Light Infantry (PPCLI). 

À ne pas en douter, cet ordre constituait une gifle sans pareille à l’égard des Canadiens-français et principalement à l’égard de la population du Québec.  Qui plus est, avec l’établissement du PPCLI dans l’ouest canadien et du RCR majoritairement au centre6,  la répartition de l’infanterie de la Force permanente en territoire canadien eut le défaut d’être fortement déséquilibrée. Les répliques du Québec et de Québec ne tardèrent pas !

Tout en manifestant son désir de maintenir l’effectif de la Force permanente à 5000 hommes, selon les termes définis par l’Ordre général no 27, le gouvernement canadien reconnut tout de même la nécessité de mener une étude sérieuse pour confirmer la justesse de son plan de réorganisation. Il créa une commission pour proposer des solutions et un plan d’action pour préserver les traditions et l’identité de plusieurs unités (spécialement celles d’infanterie) du CEC. Comment elles pouvaient être réintégrées au sein de la Milice canadienne, sans porter préjudice au système divisionnaire canadien déjà en place et les effectifs autorisés tant pour la Force permanente que la non-permanente. Ce fut la commission Otter du nom de son président, le Major-général Sir William Otter7.

Dès la parution de cet Ordre, le Conseil de Ville de Québec, alors sous le leadership de son maire, Joseph-Octave Samson adopta une résolution demandant au ministre de la Milice la réintégration du 22e Bataillon et que cette unité soit postée à Québec8. Il référa cette requête auprès de la Commission Otter pour son étude et éventuellement, pour une recommandation favorable.  Ce faisant, on ne pouvait reléguer aux oubliettes cette situation. Le rapport historique no 22 du Quartier général de l’Armée publié en 1949, mentionna que la Commission Otter recommanda l’insertion de cette nouvelle unité au sein de la force permanente9.  Le gouvernement eut tôt fait de refuser cette augmentation. 10 Malgré ce premier refus, la Commission Otter poursuivit ses travaux et, au cours des mois de septembre à décembre 1919, elle tint 17 sessions dans 16 villes.  La dernière se déroula à Québec le 17 décembre. En septembre 1919, avant leur venue à Québec, des membres de la commission communiquèrent avec le gouvernement provincial afin de mieux connaître sa position concernant la réintégration du 22e Bataillon. Louis-Alexandre Taschereau, bras droit et souvent le porte-parole de Sir Lomer Gouin11 alors premier ministre du Québec les avisa « qu'il faut inclure une unité canadienne-française dans la force permanente afin de satisfaire les Québécois ».12  Bien qu’aucun document ne subsiste aujourd’hui pour en témoigner, nous pouvons certainement convenir que lors de leurs venues à Québec le 17 décembre 1919, les membres de la commission entendirent les mêmes propos.

Par souci de représentativité et d’équilibre national, la Commission Otter se vit de nouveau dans l’obligation de recommander la réactivation du 22e Bataillon. Cette fois-ci, elle fit preuve d’une idée novatrice et acceptable pour le gouvernement. On suggéra de couper dans les effectifs du RCR et du PPCLI en leur soustrayant chacune une compagnie d’infanterie.  Cette recommandation fut approuvée le 10 février 192013.

Le 1er avril 1920, l’Ordre général no 37 promulgua l’existence du «22nd Regiment» de la Force permanente. Elle autorisa le recrutement d’un état-major et de deux compagnies.  Encore fallait-il trouver une garnison pour loger cette unité nouvellement réintégrée.  Puisque la Ville de Québec était disposée à recevoir ce bataillon canadien-français, le gouvernement s’empressa d’emménager le 22e à la Citadelle de Québec le 22 mai 1920.  Cette dernière étant occupée par la batterie B de l’Artillerie royale Canadienne; les membres du 22e cohabitèrent deux ans avec cette unité.  Ce fut à l’image des années où les Forces britanniques occupaient la Citadelle de Québec, où infanterie et artillerie partageaient les 37 acres de cette formidable forteresse surnommée le Gibraltar d’Amérique du Nord.  En 1922, la batterie B fut transférée à Kingston (ON).  Mis à part la résidence secondaire du gouverneur général, le « 22nd Regiment » fut dorénavant le locataire privilégié des lieux et il animera ce magnifique site ultérieurement reconnu monument historique national.    Dans son énoncé d’intégrité commémorative publié en 2004,  Parcs Canada souligna le caractère indissociable du Royal 22e Régiment et la Citadelle de Québec14.

Selon les historiens Jean Pariseau et Serge Bernier, la décision de réactiver le 22e Bataillon ne reflétait pas un changement d’attitude à l’égard des Canadiens-français mais plutôt un accommodement politique15.  Par contre, pour l’ensemble de la population du Québec, toutes classes confondues, après avoir tout fait pour raviver le 22e, cette décision fut accueillie avec une grande joie et fierté. 
Déjà, sans doute, l’histoire de ce valeureux Régiment s’inscrivait au sein de l’héritage de plusieurs familles québécoises.

«En vérité, le chemin importe peu, la volonté d'arriver suffit à tout ».

            Albert Camus

La première année

Le Régiment étant réintégré au sein de la Force permanente et stationné à Québec, il fallait lui trouver un commandant pouvant émuler à la fois les anciens combattants et la jeunesse canadienne-française pour joindre les rangs.  Membre de la première heure du 22e Bataillon, ayant combattu en son sein tout au long du conflit, étant le commandant-adjoint du 22e Bataillon au moment de l’armistice, grand décoré, fils de Québec issu d’une famille de renom, le lieutenant-colonel Henri Chassé devint son premier commandant d'après le premier conflit. À l’instar de Gaudet et Tremblay, sa tâche revêtit une grande responsabilité.  Non seulement dut-il reconstituer le Régiment, mais lui redonner son âme et l'esprit de corps qui l’animait avant sa dissolution un an plus tôt.  Pour le seconder, il eut à ses côtés, le sergent-major régimentaire Wenceslas Bilodeau. Ce sous-officier hors pair, issu du RCR, assuma son poste de (SMR) au Royal 22e Régiment de 1920 à 1939.  Chassé et Bilodeau réussirent à rétablir les valeurs du Royal 22e Régiment16 auprès de ses membres et de la communauté Québécoise et Canadienne. 


SMR Wencislas Bilodeau
Photo: Archives du R22eR

« Le fait que notre Régiment soit une des rares unités à avoir conservé son « numéro», est probablement dû au fait que le Régiment dont la grande majorité des soldats venaient du Québec, avait façonné sa réputation sous le numéro 22, le chiffre devenant symbole d'une province, d’une nationalité à toute fin pratique ».

                 Col Gaston (Tony) Poulin17

Les efforts principaux de la première année furent le recrutement et l’organisation de l’unité.  Les premiers officiers à joindre le Régiment furent les majors Georges Philias Vanier et Pierre-Urgèle Archambault et les capitaines Georges-Alex Dupuis, Gustave Routier et Percy Flynn.  Ces derniers commandèrent successivement le Régiment à partir de1925, après le départ du lieutenant-colonel Chassé. En 1938, bien que n'étant pas issu des rangs du 22e Bataillon, Flynn en devint commandant.

Malheureusement, la situation économique et sociale qui prévalut entre les années 1920 et 1939 obligea  les chefs de l’époque à faire preuve de grande ingéniosité pour recruter et maintenir les effectifs et surtout, bâtir cet esprit de corps si essentiel à la transmission des valeurs.  La guerre coûta excessivement chère à l’état; l’industrie de la guerre dut se réorganiser. La population était rendue au pacifisme et plus urbaine que rurale.  Qui plus est, le Québec des années  20 et 30 s’enligna vers un isolationnisme politique et économique18 qui fit en sorte que la chose militaire revêtit une moindre importance.    

Du 1er avril 1920 au 1er septembre 1939, le Régiment recruta 863 soldats (moyenne de 45 recrues par année).  La solde et les chances de promotion étant très faibles, être membre du Régiment constituait en quelque sorte un mode vie et une dévotion à son égard. Tout au long de ces années, ses effectifs tout comme la solde de ses membres furent revus à la baisse et fondirent comme neige au soleil. La solde mensuelle d’un sous-officier ne fut pas supérieure à $36 et il n’eut pas droit aux allocations de logement et de ration.  N’étant plus en mesure d’assurer un niveau de vie pour leur famille, c’est avec regret que plusieurs membres quittèrent. Malheureusement, la crise économique causa la perte de sous-officiers et soldats expérimentés et d’une grande valeur.  Jusqu’au début de 1939, l’effectif du Régiment fut toujours sous la barre des 200 (tous grades confondus). 

Entraînement

Le programme d’entraînement du Régiment subit aussi les effets des coupures budgétaires.  En octobre 1921, il dirigea sa première école de formation militaire. Elle fut connue sous la dénomination d’École royale d’infanterie et de mitrailleuses.  De 1921 à 1927, l’entraînement estival s’effectua au camp Lauzon, non loin de Lévis.  Généralement d’une durée de trois mois, ces concentrations de troupes servirent un double objectif: la poursuite du programme annuel d’entraînement du Régiment et la formation et l'entraînement des officiers, sous-officiers et soldats de la Milice non-permanente de l’Est du Québec.  De 1928 à 1929, l'entraînement se tint à Petawawa (ON).  À compter de 1930, le Régiment délaissa le camp Lauzon pour s’établir au camp Valcartier, situé à 35 kilomètres au nord de Québec. Durant la Première Guerre mondiale cette base qui vit passer sur ses terres un grand nombre de militaires et d’unités du CEC, à l’exception du 22e Bataillon, reprenait vie.  Mis à part l’année 1936, le Régiment effectua ses camps annuels à Valcartier.  En 1936, l’ensemble des unités de la force permanente du Canada s’entraîna en Ontario.  Il s’agissait du premier regroupement de ce genre depuis la Première Guerre mondiale.  Outre l’entraînement individuel et collectif, tout au long de ces années, les activités sportives constituèrent aussi un leitmotiv pour démontrer la compétitivité, la forme physique et enfin, la fierté des membres du Régiment.


Les hommes du Royal 22e Régiment s'entraînent au combat à la baïonnette.

« Les facteurs de la victoire sont nombreux: facteurs matériels, facteurs intellectuels, facteurs moraux. Ils sont tous essentiels, ils réagissent les uns sur les autres.  Mais ils diffèrent d’importance…C’est la valeur morale qui fait les trois-quarts de la valeur du soldat.  ».

Lieutenant-colonel Maud’huy, 1905

Opérations

De tout temps les forces militaires eurent le mandat de servir leur pays en temps de paix et de guerre.  Incidemment, peu de temps après sa réintégration au sein de la Force permanente, le Régiment se vit attribué des missions à caractère domestique pour aider les autorités civiles. 

Dans la nuit du 25 au 26 juin 1921, au moment même où le Maréchal Fayolle était à Québec pour rendre visite au Régiment, le maire de Québec, M. Joseph Samson, demanda au Brigadier-général Landry, Commandant du District militaire, de lui venir en aide afin d’assurer la sécurité de la ville au moment ou les policiers et pompiers de Québec étaient en grève.  Landry accepta et le Régiment maintint l’ordre dans la cité.  Le déploiement des troupes s’effectua rapidement.  Les abords de l’Hôtel de Ville furent sécurisés ainsi que tous les secteurs adjacents.  Le 27 juin vers 03h00, un feu éclata dans le quartier Limoilou; les membres du Régiment y furent dépêchés pour combattre le brasier, ce qu’ils firent avec succès.  Le 30 juin, la grève terminée, nos soldats reprirent le chemin de la Citadelle de Québec et du camp Lauzon. Le soir même, le Conseil de Ville adopta une résolution dans laquelle elle « …exprima à Monsieur le Lieutenant-colonel Henri Chassé, MC, DSO, aux officiers et aux soldats du Royal 22ième Régiment, son admiration et sa reconnaissance pour l’apport généreux de leurs services »19.

Lcol Henri Chassé
Photo: Archives du R22eR

 

Le Régiment fut aussi appelé à servir à trois reprises en Nouvelle-Écosse ! D’abord, du 17 août au 4 septembre 1922, il se déploya près de New Aberdeen (N.E.) lors de la grève des mineurs, afin d’assurer la sécurité des installations minières de la Dominion Coal Mine.  Il y retourna de nouveau du 1er juin au 17 août 1923 à la Dominion Iron & Steel Company à Sydney, à la Coke Ovens Plant à l'île du Cap Breton et à la Dominion Reserves Mine à Glace Bay.  Deux ans plus tard, du 13 juin au 18 août 1925, pour les mêmes tâches à Glace Bay et à Caledonia.  N’étant pas réellement les bienvenus au sein de la population minière de ces régions, ces tâches, quoique pénibles furent brillamment accomplies.  

Pour ainsi dire ce furent les seules opérations de nature domestique que le Régiment eut à accomplir au cours des années 1920 à 1939.

« Il faut s’occuper du soldat comme individu, développer en lui les qualités le rendant propre au combat, à ne pas rester partie passive d’une masse grégaire ».

            Major Mitchell, 1834

Établissement des traditions et activités protocolaires

Le lieutenant-colonel Henri Chassé tout comme les commandants qui lui succédèrent, sut que l’établissement et la transmission des valeurs régimentaires ne pouvaient se faire uniquement par des paroles et des gestes.  Certes, nous avions l’insigne régimentaire(le castor) et nous étions stationnés à la Citadelle de Québec, mais il fallait plus!  Il fallait des symboles représentant ces valeurs pour lesquelles tant d’hommes sont morts, qui firent que nous sommes une nation !

Faisant partie d’un système régimentaire comme les britanniques, tout régiment a pour ainsi dire son protecteur. Chassé sut frapper l’imaginaire du Régiment et de tout le Québec. Au début de l’année 1921, il demanda au Maréchal Foch de bien vouloir devenir le premier Colonel Honoraire du Royal 22e Régiment. (À ce moment là, le 22e n’avait pas encore le titre de Royal). 


Le Maréchal Fayolle remet un drapeau au Royal 22e Régiment au nom du Maréchal Foch, en décembre 1921.

Le 25 mars 1921, le Maréchal Foch signa une lettre d’acceptation pour le titre honorifique de Colonel du Régiment (il sera officiellement en poste le 18 mai 1921). Cette acceptation eut pour effet de souligner l’identité et l’unicité du Régiment.  Le Maréchal Fayolle précéda la venue du Maréchal Foch et le représenta à Québec, en juin 1921 pour remettre un nouveau drapeau régimentaire (centré sur notre insigne), cadeau du Maréchal Foch.  Ce dernier visita son Régiment en décembre 1921.  Plus tard, en 1929, à cause des célèbres combats menés au cours de la Première Guerre mondiale le 22e officiellement, se vit attribuer ses 18 honneurs de batailles. Le Régiment fit coudre 10 de ces honneurs de batailles sur le drapeau offert par le Maréchal Foch. La transmission des valeurs régimentaires par les symboles devint ancrée.

 


Maréchal Ferdiand Foch, Maréchal de France,
Field Marshal of Great Britain et Maréchal de Pologne

Au cours de la Première Guerre mondiale, le 22e Bataillon disposait d’une fanfare qui était détachée à la brigade. Il avait adopté comme marche régimentaire la Sambre et Meuse.  Ceci dit, lors de sa réactivation en 1920, il n’avait plus de fanfare régimentaire.  Cependant, la batterie B (des artilleurs) en possédait une sous la direction de son chef, le capitaine Charles O’Neil qui sut exécuter des prestations magistrales au bon plaisir de la population de Québec.  Pour Chassé, le fait de posséder une musique régimentaire, permettait non seulement de faire connaître le 22e, mais aussi de communiquer les valeurs régimentaires et canadiennes-françaises par l’intermédiaire de la musique.  Il n'en fallut pas plus, pour demander et faire valoir aux autorités militaires l’importance d’avoir en son sein, une musique régimentaire. Incidemment, les démarches de Chassé portèrent fruit et à l’été 1922, la fanfare de l’artillerie fut versée au Régiment, dorénavant connue comme la Musique du Royal 22e Régiment. Offrant des prestations publiques à l’extérieur et à plusieurs reprises au Château Frontenac, la musique devint l’ambassadrice du Régiment. 


Des membres du Royal 22e Régiment attendant de partir en exercice, en 1923.

Stationné à la Citadelle de Québec au sein même de la capitale de la province de Québec, portant le titre de Royal, ayant le Maréchal Foch comme colonel honoraire et surtout ayant comme voisin le Gouverneur général du Canada, il va sans dire que le Régiment fut impliqué dans une kyrielle d’activités de nature protocolaire; autres façons de véhiculer nos valeurs.

Pour en nommer quelques-unes, il participa aux activités suivantes :

a.         Arrivées et départs des Gouverneurs généraux à Québec ;
b.         Ouverture des Législatures provinciales du Québec
c.         Honneur au Prince de Galles en 1923
e.         Honneur au Lieutenant gouverneur ;
f.          Jour du Souvenir à Québec ;
g.         Célébration à la Croix de Vimy à la Citadelle de Québec ;
h.         Dévoilement à la Citadelle de plusieurs symboles honorant les membres du 22e bataillon;
i.          Célébrations de la bataille de Flers Courcelette ;
j.          Cérémonie d’ouverture de la Croix du Sacrifice à Arlington (USA) en 1928 ;
k.         Visite du dirigeable R-100 à Montréal en 1930 ;
l.          En 1937, c’est l’intronisation de son premier lieutenant-colonel honoraire M. Georges Élie Amyot, homme d’affaires réputé de Québec, qui fut le seul lieutenant-colonel honoraire du Régiment (1935-1968) ; et
m.        Le 15 mai 1939, le Régiment reçoit son Colonel en chef du Régiment à savoir : Sa Majesté le Roi Georges VI

Ne pas oublier qu’au cours de la période de 1921 à 1939, le Régiment ne se lassa pas de tisser des liens d’amitié avec la population de Québec, du Québec et du Canada.

Évolution du fait français au sein des Forces canadiennes

Le 1er juin 1921, l’Ordre général no 149 reconnut de façon particulière les nombreux faits d’armes et les excellents états de service des membres du 22e Bataillon.  Cet ordre, approuvé par le Roi George V, confirmait qu’il avait « plu à Sa Majesté le Roi d’accorder le titre Royal au 22e Régiment (Royal 22nd Regiment).  Nos chefs de l’époque firent des pieds et des mains afin de franciser le nom. En 1928, ils réussirent !  Le 15 juin 1928, le Royal 22nd Regiment devint le Royal 22e Régiment.  Ceci dit, le fait français au sein des Forces canadiennes connut une très lente progression. Par contre, à partir de la prorogation de la loi sur les langues officielles et l'intégration des forces canadiennes, la situation fut grandement améliorée.

Il y eut quelques francophones comme ministres de la Défense nationale jusqu' en 1896, tels Adolphe Caron, Alphonse Desjardins.  Par la suite, il l fallut attendre 71 ans avant d'en avoir un autre.  Entre 1922 et 1940, les sous-ministres francophones ne donnèrent aucune impulsion favorisant l’administration francophone ni d'avoir permis au sein de la Force permanente, une unité de langue française, à part le Royal 22e Régiment.  Bien entendu tous les chefs d’état-major furent anglophones. 

La langue d’usage au sein du Régiment fut et sera toujours le français.  Par contre, en l’absence de manuels d’instruction francophones, c’est avec grand regret que nos membres du 22e se virent dans l’obligation de recevoir et de donner de l’instruction militaire partiellement en français.  Outre ses propres membres qu'il forma, le Régiment offrit aussi une formation militaire de base aux francophones d’autres unités de la Force permanente.  Un travail incommensurable de francisation à faire ! Nos Commandants de l’époque surent semer la graine du chêne sur lequel des générations de futurs chefs sauront ancrer et faire valoir nos valeurs régimentaires.

« L'honneur acquis est caution de celui qu'on doit acquérir».

             François de La Rochefoucauld

Enfin, les historiens Bernier-Pariseau, écritont : « Le désir foncier des Canadiens français d’être traités de façon égale aux anglophones et l’acceptation graduelle par les plus éclairés de ces derniers d’accéder à ce désir tout légitime forcera éventuellement les Canadiens anglophones à reconnaître qu’ils devront changer de mentalité ».20

À l’aube de la Deuxième Guerre mondiale

Les crises économiques des années 20 et 30 et la situation politique et sociale du Canada eurent un impact direct sur l’entraînement, l’effectif et l’équipement des Forces canadiennes de l’époque.  Il fut même un temps où le Régiment ne comportait qu’une seule compagnie d’infanterie.  Entre 1920 et 1926, le plan de défense du Canada était axé vers son voisin du sud.  Advenant une guerre anglo-américaine, le Canada s’emparerait de certaines régions des États-Unis21.  Ce n’est que vers 1936 que le Canada commença réellement à se soucier de ce qui se passait en Europe.  Trop peu, trop tard ! Le Canada n’était pas prêt.  Bien que non préparées pour un conflit majeur, les forces militaires du Canada le furent tout de même mieux qu’en 1914.  Le 2 novembre 1938, l’effectif du Régiment se composait de 189 membres (tous grades confondus).  À l’automne 1939 l’organisation et la vie de garnison du Royal 22e Régiment changèrent bout à bout.  En vertu l’article 64 de la Loi de la Milice du Canada, le 22e fut en activité de service, c'est-à-dire qu’il dût prendre une posture organisationnelle afin d’être prêt pour le mandat guerrier que s’apprêta à lui donner le gouvernement canadien.  La Deuxième Guerre mondiale était à nos portes !

« Dans le conflit présent comme dans ceux qui l'ont précédé, être inerte, c'est être battu ».

Charles De Gaulle


Lapointe, A.J. (Major), Souvenir d'un soldat du 22e Bataillon, 1917-18, (4e édition), Drummondville, Les Éditions du Castor, 1944, p. 240

Corneloup, Claudius, L'épopée du 22e, Montréal, La Presse/Librairie Beauchemin limitée, 1919, p. 149

5 919 valeureux ont servi au sein du 22e Bataillon.  De ce nombre, 1 074 (32 officiers et 1 042 sous-officiers et soldats) sont morts sur les champs de bataille et 2 887 (105 officiers et 2 782 sous-officiers et soldats) furent blessés.

Corneloup (1919), p. 150

Appelé ainsi à cause de l’amplitude internationale et des atrocités, la Première Guerre mondiale constitua le premier conflit d’envergure du XXe siècle.

La répartition géographie du RCR fut comme suit : une compagnie à Halifax, une compagnie à Montréal, le QG et une compagnie à London et enfin, une compagnie à Toronto.

Cette commission fut officiellement créée par l’Ordre de routine du CEC du 23 avril 1919. 

Stacey, C.P, Colonel, Report no 22 – Historic section, Army Headquarters, Ottawa, 31 Jan 49, p.13.

Stacey, C.P, Colonel, Report no 22 – Historic section, Army Headquarters, Ottawa, 31 Jan 49, p.15.

Jean Pariseau et Serge Bernier, Les Canadiens français et le bilinguisme dans les Forces armées canadiennes,  Tome 1 - 1763-1969 : le spectre d’une armée bicéphale, Collection d’Histoire socio-militaire no 2, Ottawa, Centre d’édition du gouvernement du Canada Approvisionnements et Services Canada, 1987, p.99.

Mason, Wade, Les Canadiens- français de 1760 à nos jours, Tome II (1911-1963), Ottawa, Le Cercle du Livre Français, 1963, p. 196

Dans Pariseau et Bernier (1987), p. 99, les auteurs indiquent qu’en septembre 1919, « ...après avoir discuté de la question avec le Premier ministre du Québec, Alexandre Taschereau, que les généraux Gwatkin et McNaughton se rangent de l’avis qu’il faut inclure une unité canadienne-française dans la force permanente afin de satisfaire les Québécois qui, disent-ils, sont «prêts à faire marcher la Confédération».  D’ailleurs, cette affirmation sera reprise à la page 81 du le livre de Serge Bernier en 1999, à savoir : Le Royal 22e Régiment 1914-1919, Montréal, Art Global, 455 p.  Or, nous devons comprendre qu’en septembre 1919, Taschereau n’était pas le premier ministre de la province de Québec, mais plutôt Sir Lomer Gouin.  Certes de grandes tractations politiques se déroulaient au Québec au cours de cette période, cependant, Gouin démissionna comme premier ministre du Québec le 8 juillet 1920.  Quant à Taschereau, il succèda à Gouin la même journée.  À la décharge de Pariseau et Bernier, ces derniers prirent leur référence dans la thèse de maîtrise du Capt. R.S. Reid, « The Otter Committee: The Reorganization of the Canadian Militia, 1919-1920 », thèse de maîtrise en études de guerre, RMC, Kingston, 1970, p. 63-64.  Quant à Wade (1963), p. 196, ce dernier indique que Taschereau était le bras droit de Gouin et qu’il agissait souvent à titre de porte parole.  Il est raisonnable de croire que Taschereau parlait au nom du premier ministre Gouin.  De là, l’erreur qui a perduré jusqu’à ce jour.

Stacey (1949), p. 15

Énoncé d’intégrité commémorative, Lieu historique national du Canada de la Citadelle de Québec, Parcs Canada, Unité de gestion de Québec, 2004, 56 p.

Pariseau et Bernier (1987), p. 99

Les valeurs de notre institution sont : Loyauté envers le Canada et les FC, Fierté d’appartenance aux FC et au Régiment, Courage et intégrité, Respect de son histoire et de ses traditions, Fierté de notre langue et culture canadienne-française.

Poulin, Jean-Gaston (Tony) Colonel, Un synopsis des faits d’armes du Royal 22e Régiment de 1914 à 1954, œuvre non publiée, 25 septembre 2001, 95 p.

Cornel, Hamelin, Ouellet et Trudel, Canada : unité et diversité, s.l., édition revue et augmentée, Holt, Rinehart et Winston ltée, 1971 (1968), p. 393

Sur la motion de l’échevin Delagrave et appuyé par l’échevin Lanthier, cette résolution fut adoptée le 30 juin 1921.

Pariseau et Bernier (1987), p. 112

Bernier, Serge, Le patrimoine militaire canadien – D’hier à aujourd’hui – Tome III : 1872-200, Montréal, Arts Global, 2000,  p.140